Christophe Guilluy. Photo: Hannah Hassouline

Propos recueillis par Daoud Boughezala, Élisabeth Lévy et Gil Mihaely

Causeur. La lutte entre les riches qui souhaitent le rester et les pauvres qui aimeraient l’être moins est une réalité vieille comme le capitalisme. Qu’y a-t-il de neuf dans notre situation – et dans Le Crépuscule de la France d’en haut, votre nouveau livre ?

Christophe Guilluy. Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations.