Cassandra[1. Tous les prénoms ont été modifiés.] ôte tous ses vêtements. « Je vais faire une rencontre, chérie », dit-elle de sa voix flûtée en enfilant un string de dentelle blanche. Elle s’asperge d’un parfum capiteux aux accents sucrés. Un peu dans le cou, un peu dans le creux des seins, un peu sur le sexe, « pour que ça sente bon partout ». Elle profite des dernières lueurs du soleil pour brosser ses longs cheveux noirs. L’électricité a encore sauté. « Ça porte bonheur », dit-elle dans un éclat de rire.

Misère de l’humanitaire

Trois fois par semaine, la jeune Haïtienne rencontre des « amis » dans sa petite maison de Port-au-Prince. Des ambassadeurs, des humanitaires, des travailleurs de l’ONU. Des hommes blancs, quinquagénaires, sexagénaires, au volant de leurs Mercedes blindées. « Je ne suis pas une pute, je travaille pour une banque », répète-t-elle plusieurs fois, comme pour s’en convaincre. « Lui, je le connais depuis longtemps, c’est un ami », glisse-t-elle sur un ton de confidence. Un ami qui lui a offert un iPad, un ordinateur et un écran plat qui forment un étonnant contraste avec le mobilier sommaire de sa masure. Quelques ablutions dans un seau d’eau tirée du puits, une touche de gloss sur ses lèvres vermeilles, une dernière vaporisation de parfum, une robe qui dévoile bien plus qu’elle ne voile, et Cassandra est partie, descendant vers une Mercedes blanche d’un pas chaloupé. Une porte claque. Le bruit sourd de la cylindrée se mouvant au gré des coups de reins de ses occupants accompagne le chant d’une soirée haïtienne – où les aboiements des chiens galeux se mêlent aux ruissellements de la pluie et au reggaeton que crachote un poste de radio, au loin. Cassandra reste trois heures en compagnie de son vieux galant et rentre tout sourire, billets dans une main, iPod dans l’autre.

Accoudé au balcon, Antoine se remet de ses exploits automobiles en fumant une cigarette post-coïtale d’un air conquérant. Le quasi-septuagénaire à la lippe tremblante occupe un poste à responsabilités dans une ambassade

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Journaliste indépendanteSa passion pour le reportage l'a menée en Tunisie, en Iran, en Irak et en Haïti.