À l’occasion de la libération de l’otage français Serge Lazarevic, qui était détenu au Mali depuis trois ans, nous republions cet article qui n’a rien perdu de son acuité.

La rédaction 

On ne peut qu’être frappé par la symétrie de ce qu’il est convenu d’appeler l’« affaire Léonarda » et de ce que nous appellerons la « non-affaire » Diane Lazarevic.

D’un côté, un État qui s’agenouille aux pieds de l’individu et qui pousse jusqu’à l’absurde la poursuite d’une introuvable politique des droits de l’homme, le droit de l’homme étant ici le droit d’être éduqué en France. Un président de la République qui incite une jeune mineure à quitter sa famille pour bénéficier de ce droit inaliénable. Un Président qui, fidèle à ses alliés écologistes, pratique la désobéissance civile et, n’écoutant que sa conscience ou celle de sa « concubine », contredit les lois et leur application dont il est pourtant  le garant. Un Président dont on ne mesure pas suffisamment à quel point il n’agit pas par simple faiblesse psychologique, mais par idéologie.

De l’autre côté, une jeune femme dont le père est retenu en otage depuis deux ans, et qui rappelle l’Etat à la raison, en lui signifiant qu’il ne faut pas céder au chantage, parce que payer pour des otages présents c’est subventionner de futures prises d’otages ; c’est manquer, au-delà de la protection de l’individu, à la protection des ressortissants français dans leur ensemble.

D’un côté, une affaire qui prend des proportions démesurées et qui ameute le troupeau des journalistes, qui attise facilement la haine et la vindicte contre la nullité du gouvernement, car il est plus facile de tirer aujourd’hui sur l’ambulance du socialisme finissant, que de porter haut et fort un autre idéal qui soit véritablement affirmatif.

De l’autre côté, une « non-affaire » dont personne ne s’empare, et qui pourrait pourtant être le véritable symbole d’un héroïsme républicain, lequel n’a disparu que chez ceux qui s’obstinent à en déplorer la perte.  À la recherche de victimes ou de boucs émissaires, les commentateurs ne se sont pas arrêtés sur la parole si fragile et si forte de Diane Lazarevic.

Diane Lazarevic a parlé d’un au-delà de la souffrance et d’un au-delà du cas de son père. Cet au-delà est celui du politique en sa plus noble acception. C’est cet horizon du politique qu’elle a maintenu dans sa parole et qu’elle a opposé à la proposition compassionnelle qu’on lui offrait. Pour la souffrance elle a demandé qu’on lui la laisse, parce qu’il s’agit d’une affaire privée…

Ne restaient plus que les yeux effarés d’Yves Calvi et des experts présents sur le plateau, les yeux effarés des éternels spectateurs si bien dressés à s’identifier à l’éternelle victime. Mais voilà que la victime refusait le statut qu’on lui proposait et nous rappelait le tragique du politique.

Hommage à cette frêle et belle jeune femme isolée sur un plateau de télévision, et qui met sa pureté d’Antigone au service d’une raison d’Etat que plus aucun Créon n’est désormais capable d’envisager, ni même de comprendre…

*Photo : AP/SIPA. AP21576680_000001.

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est l'auteur d’Éloge du populisme (Elya éditions)
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