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Hommage à Florence Delay

Florence Delay (1941-2025)


Hommage à Florence Delay
Florence Delay photographiée sur le plateau de TF1, le 19 octobre 2004 © GINIES/SIPA

L’actrice et femme de lettres, membre de l’Académie française, est décédée il y a un an.


Elle avait tout pour plaire. Belle, cultivée, elle était la fille de Jean Delay. Elle était Académicienne. Elle avait été la Jeanne du film de Bresson. Elle s’appelait du beau prénom de Florence. Elle laisse derrière elle une œuvre essentielle et raffinée. Florence Delay nous avait quittés, le 1er juillet 2025, après une longue maladie supportée avec courage. Qu’il soit permis d’en faire ici mémoire, au jour anniversaire de son décès.

C’est tard que je fis sa connaissance. Trop brève, hélas. Ce qui m’en reste est précieux : une manière de parler brève, précise et retenue, une langue nerveuse, concise, une écriture elliptique, abrupte, hermétique parfois, et quelques livres aux titres toujours singuliers. Ainsi de Course d’amour pendant le deuil, de Mes cendriers, de Haute Couture. Quant à Il me semble, Mesdames, n’est-ce pas un titre épatant comme eût dit un de ses confrères ? Riche et légère, aussi, c’était épatant.

C’est certains de ces livres que je veux évoquer pour donner aux lecteurs l’envie de les lire.

Mon Espagne Or et ciel fut une révélation d’une Espagne littéraire qui ne m’était pas familière. Certes, Lorca avait été de toujours un de mes poètes préférés. Mais sans le livre de Florence Delay, aurais-je autant aimé plus tard « La vie est un songe » de Calderon, mis au programme de Terminale ? Aurais-je relu, d’un œil neuf, Don Quichotte ? C’est elle qui me fit m’intéresser, via Bergamin, son ami, à la corrida qui suscita dernièrement, en France, tant de passions. Enfin, ou d’abord, c’est par une traduction que je fis connaissance de la traductrice qu’elle était, avec Le Procès en séparation de l’âme et du corps deCalderon. Choc littéraire et spirituel sans pareil  que ce débat joué admirablement à la Comédie Française et dont je cherchai ensuite longtemps la traduction. Florence me l’envoya. Merveilleux cadeau assorti d’une carte postale venant du couvent de l’Incarnation par Alberto de la Madre di Dios.

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L’autre livre, c’est le bouleversant Dit Nerval où Florence Delay rend un double hommage : au poète et à son père, inventeur des psychotropes. Quant à Un été à Miradour, qui condense ses talents de femme de théâtre, de romancière, d’amoureuse de la poésie courtoise, et d’essayiste, quel bijou du gave et des montagnes ! Il faut citer également Il n’y a pas de cheval sur le chemin de Damas, cette route pleine de bifurcations d’écriture et d’âme, où l’on a pour compagnons Loyola, Paul, Bernanos, Péguy, et dans lequel transparaît une foi élégante et profonde dont on ne parle pas toujours. Florence Delay avait, en effet, une foi réservée qui sied à l’Académie Française.

Danièle Sallenave avait rendu, l’an dernier, de Florence Delay, un bel hommage, dans lequel elle posait joliment la question : vivions-nous, elle et moi, dans le même temps ? Chevalerie, poésie… Je voudrais ajouter ici, à la couronne que sa consœur lui tresse, une perle plus spirituelle : sa participation récente à la traduction œcuménique de la Bible et la lecture enregistrée, il y a des années, de l’Evangile de Jean. Reste, bien sûr, à signaler son immense Graal Théâtre, sur la matière de Bretagne, fait en collaborationavec Jacques Roubaud.Car Florence était une grande amoureuse du théâtre : La vie comme au théâtre, roman délicieux, c’est comme le prolongement de La vie est un songe. Car le théâtre, qu’est-ce d’autre qu’une manière d’être au monde ?

Ses cartes postales à la graphie serrée étaient toujours raffinées. Je me souviens d’un Richelieu immense pour fêter le nouvel an, d’un cavalier prussien dont je fis un poème. Dans sa dernière – une gentiane tirée sur internet – elle y disait « de bien prendre soin de nous car la vie était fragile. » Florence Delay nous a donc quittés, le 1er juillet 2025. Avec Jacqueline de Romilly, c’est une des femmes écrivains importants de notre temps qui a disparu et nous a laissés orphelins. Pas tout à fait car Un été à Miradour fait vivre, à travers la littérature, celle que nous sommes beaucoup à avoir lue et aimée.

Ecrivaine, Florence ? Professeure ? Certes pas ! Elle était farouchement opposée à la féminisation des mots. « Nous, les femmes, disait-elle, avons gagné la fonction masculine. Gardons-la ! » A son élection, Claude Lévi-Strauss lui avait adressé une lettre de félicitations avec cet en-tête délicieux : « Chère Madame et cher confrère ». Sur son épée : une échelle qui va de la terre au ciel lui rappelant un cadeau de René Char, un petit dessin de Picasso en autoportrait, les cornes du taureau, deux poissons, emblèmes des premiers chrétiens.

Riche et légère

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Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur de l'essai "La guerre au français" publié au Cerf.

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