« Président de conseil général », « capitaine de pédalo », « bricoleur », « dictateur » ou « pépère », les invectives fusent, à droite comme à gauche, pour qualifier celui qui a été mis à l’Elysée il y a un an tout juste.
Certains s’insurgent contre ces critiques à répétition, à l’instar d’Harlem Désir, qui le dit tout net dans Libération : « assez du Hollande bashing, alors qu’il a fallu dénazifier desarkoyser le pays ».
Il est amusant de constater la similitude entre le traitement médiatique du premier anniversaire du hollandisme et celui du sarkozysme. Les unes se répondent en écho, racoleuses et caricaturales, à l’image d’une presse française au pied du mur : serait-on passé d’un anti-sarkozysme primaire à un anti-hollandisme obtus ?
« Putain, 4 ans…ça va mal finir » : s’impatientait Marianne en mai 2008. Plus sobre et moins vulgaire : « Encore 4 ans, comment Hollande s’est autodétruit » : reprend Le Figaro magazine en mai 2013. « Normal ! » titrait Libération il y a un an, « L’homme seul » a-t-elle choisi comme triste Une d’anniversaire.
Alors que Marianne avait osé une couverture des plus agressives contre le candidat Sarkozy il y a tout juste un an : «  La honte de la Ve République », Valeurs Actuelles parle du président Hollande en ces termes choisis : « Il nous fait honte ».
La honte a changé de camp, le combat changé d’âme « et la [meute] en hurlant grandit comme une flamme »[1. On reconnaîtra les vers de Waterloo.].

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La leçon médiatique de l’anniversaire du hollandisme à l’Elysée est la suivante : ce n’est plus le pouvoir politique qui tient le pouvoir médiatique. On le savait déjà avec Sarkozy, encensé en tant que ministre de l’Intérieur par tous les médias, puis conspué, brûlé dans un autodafé médiatique spectaculaire, malgré la fidélité d’Etienne Mougeotte lorsqu’il présidait aux destinées du Figaro.
Après avoir « placé » leur candidat à la tête de l’opposition, puis soutenu pendant toute la campagne au nom du sacro-saint principe « Sarkozy, dégage », les « chiens de garde » retournent leur veste sans scrupules. Pantin conscient de l’anti-sarkozysme médiatique qui l’a fait élire, Hollande n’est plus a(n)imé par son marionnettiste.
Désormais, c’est le pouvoir journalistique, flanqué du monopole de l’intouchabilité et aidé des spin-doctors, qui fabrique « ses » politiques à coup de story-telling,  puis les mitraille à la faveur d’un populisme vendeur, d’après le principe simple qu’un homme qui gouverne n’est jamais aimé.
Il n’y a guère que dans les pages économiques de la presse française qu’on trouve encore des défenseurs du président, triste sort pour celui qui ne voyait en la finance que son seul ennemi.

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