Le divorce entre les principes et la réalité, dont naissent les scandales, n’a cessé de marquer l’histoire de la République. Les désabusés de la politique ont donc beau jeu de moquer l’angélisme de ceux qui veulent encore croire que sa pratique suppose dévouement et sacrifice. Cette exigence relèverait d’un autre âge, à supposer qu’elle ait jamais existé.
Allons jusqu’au bout de la question. Pourquoi l’homme politique devrait-il être plus vertueux que les autres ? Pourquoi, à l’heure de la « proximité » et de l’« égalité » dans tous les domaines de l’existence, ne serait-il pas aussi « normal » que le Président, qui prend le train comme tout le monde, ou le Premier ministre, qui passe ses vacances en camping-car, marques distinctives d’une proximité populaire –, un alter ego répondant comme il peut, grâce à ses « boîtes à outils », aux demandes d’un pays morcelé, dans un monde changeant et chaotique ? Et si nous voulons qu’ils soient « comme nous », ne faut-il pas, alors, leur pardonner d’être soumis aux mêmes faiblesses, aux mêmes tentations que nous ? Sauf qu’entre le fraudeur du coin de la rue et le ministre, les sommes en jeu ne sont pas tout à fait les mêmes. Cet écart suscite d’autant plus l’indignation que l’esprit du temps est à « faire payer les riches ».
Les réactions suscitées par l’« affaire Cahuzac » montrent que les exigences de moralité et d’exemplarité envers les hommes politiques sont toujours bien présentes. Elles seraient même un marqueur de la démocratie. Par le type de vertu qu’elles prônent et qui peut apparaître hors du commun, elles n’en comportent pas moins une dimension aristocratique – au sens grec, premier du terme, qui signifie « pouvoir des meilleurs ». De ce fait, elles entrent en contradiction avec la passion de l’égalité qui s’exerce désormais dans tous les domaines.

*Photo : Parti socialiste.

Lire la suite