Un samedi à Bamako, le président normal s’est pris pour De Gaulle à Brazzaville. Heureux comme un pape, il se mit tout à coup à discourir, galvanisé par l’accueil que lui faisaient les autochtones, trouvant des accents qui sentaient son grand Charles, oubliant presque sa diction chaotique, certains diraient hésitante. Pour une fois, cet homme a réussi à faire une odelette sans caser des Heu…

Il nous expliqua, enfin par Maliens interposés, que la France était là-bas par pure solidarité, parce que, hein, nous n’avons aucun intérêt au Mali. Vous m’entendez bande de foutus néocolonialistes sarkozystes guainoïstes : AUCUN INTERÊT ! Accessoirement, l’armée française chasse les islamistes ou plutôt elle les repousse vers la Lybie, la Mauritanie ou l’Algérie ; qu’ils aillent se faire cuire leur couscous berbère ailleurs…

Vue d’ici, c’est vrai que la guerre est jolie : les uns avancent comme dans du beurre rance, les autres s’évaporent dans les sables du désert. Applaudissez, y’a rien à voir. Ou disons, pas grand-chose. Trois, quatre bombes intelligentes et hop, les villes se libèrent comme par magie dans l’allégresse et les embrassades (sauf pour les supposés « Arabes », qu’on ratonne dans l’indifférence générale, exactement comme on l’a fait, deux ans plus tôt avec les « Noirs » à Tripoli). Bientôt, c’est juré, la glorieuse armée malienne prendra le relais et entrera enfin dans l’Histoire – comme dirait l’Autre – aidée par ses alliés pressés d’en découdre : les touaregs n’ont qu’à bien se tenir, l’ordre règne au Nord-Mali.

On peut y croire. Ou pas. Pour ma part, je m’en tiens à l’analyse géopolitique déployée par Lino Ventura dans Les Barbouzes : « Et ta sœur elle habite toujours Tombouctou ? ».