De l’Amérique latine à un presbytère du centre de la France, Hervé Vilard raconte son chemin de croix


De mon Berry natal, deux figures émergent au XXème siècle. L’auteur d’un unique roman, fauché dans sa jeunesse, mort au combat sur un champ de bataille et un chanteur populaire, orphelin meurtri, propulsé dans les yéyés, parrainé jadis par un héros de la résistance et dont les tubes sentimentaux continuent de coller à notre peau. Alain Fournier et Hervé Vilard s’épaulent, se reconnaissent, se répondent, à un siècle d’écart.

Tracer la route et revenir

Ils portent en eux, des élans contradictoires, l’identité fracassée et le chagrin des mal-aimés, une sorte de blessure inguérissable, une envie de s’évader, d’échapper à leur destin, de s’oublier et de fuir, de prendre la vie au dérisoire ou au tragique. Chanter ou écrire, il s’agit toujours d’une quête personnelle, de trouver son fragile exutoire en sachant pertinemment que l’apaisement est réservé aux autres, à ceux qui ont refusé la lumière.

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L’intranquillité étant l’état naturel de l’artiste, il faut l’accepter ou abandonner la partie. Derrière l’apparente légèreté de Capri ou la fantasmagorie du Grand Meaulnes, une pulsion plus sombre, plus sourde, plus épidermique encore, bat, elle rythme notre désarroi depuis si longtemps.

Fournier et Vilard auront été les métronomes des existences chahutées, un point fugace à l’horizon, les mystérieux guides de nos campagnes désolées. Un chanteur de variété surtout quand il commence à vieillir est un poète qui s’ignore, un médecin de l’âme, un vagabond céleste, son instabilité nous émeut, il trace sa route, claudicant et flamboyant, juste assez cabossé pour nous séduire et nous emporter. Le public n’a pas toujours les mots pour qualifier cette relation étrange qui s’est nouée au fil des années, avec cet inconnu, cet homme seul sur scène, avec sa coupe de premier communiant et son costume du dimanche.

Vilard, écrivain

Vilard désarçonne, il emplit de joie et agace, plus il titube, plus ses standards, cent fois écoutés, mille fois

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