Lire régulièrement Causeur diminue les risques d’infarctus du myocarde, immunise contre le cancer colorectal et apporte à peu près autant de vitamines qu’un jus de fruits frais. Voilà le pitch publicitaire qu’il nous faudrait adopter pour coller à la thématique de ce numéro de septembre, disponible aujourd’hui à la vente en kiosques et sur notre boutique en ligne. « Des esprits vides dans des corps sains ? » annonce sans détours notre Une bodybuildée. Vous l’avez compris, ce mois-ci, l’hygiénisme est dans notre viseur !
Dans sa démonstration introductive, Elisabeth Lévy déplore le rabaissement de l’État en Big Mother, poussé par les demandes de ses citoyens comme par sa propre érosion. « Moins l’Etat est régalien, plus il est maternel » résume notre rédactrice en chef, qui pointe les grands schizophrènes que nous sommes. Au quotidien, nous pestons contre les radars automatiques mais fuyons le risque à grandes enjambées, comme si un gramme de viande de cheval pouvait nous achever. Notre chère directrice démêle le bon grain de l’ivraie, n’enterrant pas les politiques de santé publique au nom de nos libertés individuelles. L’ennemi n’est pas le vaccin mais le paternalisme infantilisant qui le sous-tend : haro sur le gros, le fumeur, le buveur de rouge, tous ces « mauvais citoyens qui coûtent cher à la collectivité » !  Eugénie Bastié dresse un inventaire à la Prévert de toutes les ingérences de l’État dans nos petites affaires de santé. Quant aux amateurs de clope, papier ou électronique, comme Philippe Raynaud, ils devront tôt ou tard renoncer à leur vice, comme le leur intime chaque jour notre État si bienveillant. « Et on tuera tous les fumeurs » aurait dit Vian !
Mais plus grave que de nous inciter à manger 5 fruits et légumes par jour, à bouder le tabac et à « boire avec modération », l’État et ses citoyens se révèlent « bien plus préoccupés de l’entretien des corps que de l’élévation des esprits », ainsi que le note Elisabeth Lévy. Charge à chacun de préférer le culturisme à la culture sans se faire rancir l’encéphale.

Et cela commence dès le berceau. Pour les Tartuffe du risque zéro, laisser gambader son marmot en dehors de la poussette est un crime de lèse-principe de précaution, mais les faire végéter dès potron-minet devant un écran de télévision, ou les habiller en Lolita de huit ans relève de nos libertés chéries. Face à ces « bourreaux d’enfance », Charlotte Liebert-Hellman nous démontre par a plus b que notre société marche sur la tête !
Qu’en disent les experts ? Pour Claude Le Pen, président du Collège des économistes de la santé interrogé par Elisabeth Lévy et Gil Mihaely, toutes les entorses à nos libertés mises en place par l’État maternel répondent à une demande des patients, pardon des citoyens : en courant sus au risque, on injecte de la morale – mais pas toujours de l’efficacité – dans nos politiques publiques. Et les administrés en redemandent… Rien de nouveau sous le soleil, rétorque François Ewald, ancien assistant de Michel Foucault. Pour ce spécialiste de l’Etat-Providence,  dès la monarchie, le pouvoir politique cherchait à réguler les existences, seul le poids des lobbies insuffle un vent mauvais de nouveauté dans ce rouage bien huilé.

Un petit bémol dans ce grand concerto anti-hygiéniste : le député socialiste Jérôme Guedj bondit contre un certain libéralisme qui fait la part belle aux « aventuriers » et voudrait démanteler la sécurité sociale au profit des assurances privées. Après tout, l’interdiction du travail des enfants est aussi une atteinte (heureuse) à la liberté !

La liberté, pour quoi faire ?  Il n’y a pas que Bernanos pour poser cette question qui dérange. Au pays des officiers libres et de Moubarak, le débat sur la démocratie et l’islamisme fait rage, a fortiori depuis le coup d’État du général Al-Sissi. Un haut gradé presqu’aussi islamiste que les Frères Musulmans qu’il réprime férocement, nous dit Gil Mihaely. N’eût été l’incompétence crasse du président déchu Morsi, Al-Sissi aurait adhéré à sa vision du monde toute de vert brodée ! Tout en reconnaissant les erreurs tactiques de Morsi, le spécialiste des mouvements islamistes François Burgat rappelle à l’armée égyptienne ses responsabilités. Al-Sissi serait un dictateur sanguinaire, bourreau des libertés, ayant muselé les médias après avoir tenu la bride aux Frères Musulmans démocratiquement élus. Même à plusieurs milliers de kilomètres du Caire, il promet d’y avoir de la polémique…

Pendant ce temps, dans la petite république des lettres qui s’étend du Flore à Drouant, auteurs et critiques piaffent d’impatience en attendant le verdict du public. À contre-courant, Causeur a rencontré la tête de turc des critiques littéraires, Gérard de Villiers, père du sulfureux SAS. Cet auteur prolixe a vendu des millions de polars, mêlant érotisme et géostratégie, sans jamais avoir bénéficié du secours de ses pairs. Écrivain, lui ? Il s’en moque, et préfère plancher sur les méandres des relations américano-russes… Pierre Jourde observe cette « situation étrange où critique et littérature semblent mener des existences séparées ».  À lire son billet enlevé, on voit que l’ancien comparse d’Eric Naulleau n’a rien perdu de sa hargne contre les impostures (si peu) littéraires. Ce n’est pas Frédéric Rouvillois, auteur d’une histoire des best-sellers remarquée, qui le démentira : Stendhal a gagné une postérité posthume après avoir accumulé les bides, tandis que l’histoire n’a retenu de Barbara Cartland que ses teintures et ses caniches roses…
En plus de vos rendez-vous habituels, vous trouverez une nouvelle chronique sur un chemin pavé de ronces : « l’ours bipolaire » Cyril Bennasar nous livre sa prophétie sur la France des prochaines décennies, en confessant au passage toute son admiration pour Jean-Jacques Goldman, sans crainte de soudain devenir consensuel…

Last but not least, pour rester dans un registre mordant en diable, Philippe Muray vous offre un cadeau inédit, un portrait à la nitroglycérine de son ancien ami Philippe Sollers, qui se rêvait naguère en « dernier écrivain ».  Acide sans aigreur, un vrai régal !

ewald guedj villiers

   

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