C’est le second volet de la révolution économique et sociale macronienne, après la réforme du code du travail censée assurée la flexibilité. L’éducation et la formation devaient, avec quelques mesures complémentaires, assurer la sécurité du parcours des travailleurs et remettre les chômeurs sur la voie de l’emploi. Pour la réforme du code du travail, les premiers effets sont attendus au mieux au premier semestre 2018. Pour la formation, au mieux en 2020-21, juste avant la prochaine élection présidentielle.

L’amélioration lente de la situation de l’emploi déjà engagée ne tient pas tant à l’amélioration de la compétitivité des entreprises ou à la baisse du coût du travail qu’à une conjoncture économique européenne et internationale plus favorable qui tire la croissance de l’économie française. Pour combien de temps ? Sans doute jusqu’à la prochaine crise financière qui pourrait intervenir avant les premiers effets de la réforme du travail.

Mystères et boule de cristal

La fléxi-sécurité à la scandinave suppose parallèlement (« en même temps ») une politique de formation active et adaptée aux singularités du marché du travail. Mais une telle politique nécessite le « temps long », alors que l’évolution des métiers est de plus en plus en plus rapide. Il faut donc que la stratégie, le dispositif, le calendrier, le coût et le financement soient connus avant la présentation de la loi de finances pour 2018, donc à la mi-septembre, afin que les premières mesures puissent intervenir dès 2018, qu’une première évaluation soit effectuée en 2019-2020 et que les premiers effets globaux sur l’emploi, la qualification et la mobilité puissent être ressentis en 2021.

Pour ce faire, il faudrait qu’alors on sache quels sont les métiers qui n’existeront plus dans les cinq prochaines années et quels seront les nouveaux métiers pour lesquels la demande sera forte entre 2020 et 2030 dans une société de plus en plus robotisée et numérisée. C’est évidemment essentiel pour les plus jeunes et notamment les jeunes actuellement au chômage. Encore faudra-t-il que les consommateurs disposent d’un pouvoir d’achat leur permettant de s’offrir ces services.

Mais il y aura toujours et de plus en plus un besoin médical et d’assistance pour une population de plus en plus âgée et de plus en plus dépendante, de plus en plus malade. Là encore la numérisation aidera, mais ne pourra pas tout faire, ne pourra se substituer à l’humain. Le scandale du numérus clausus pour les études médicales en France conduisant au recrutement de plus en plus important de médecins étrangers ne pourra être levé et compensé que progressivement, avec des conséquences budgétaires et sociales.

Formation à la précarité?

Et puis comment assurer la formation continue des plus de 55 ans, et singulièrement des sexagénaires qui devront, pour obtenir une retraite à temps plein, travailler jusqu’à 65 ans, et sans doute plus pour certains ? Peu d’entre eux pourront, même avec une formation accélérée, devenir traders, créer leur start up. Ils ne pourront trouver, au mieux, que des emplois mal rémunérés, souvent de nuit, comme c’est le cas aux Etats-Unis.

S’agissant de la gestion des fonds de formation, qui décidera de l’affectation des fonds ? Apparemment l’Etat et les régions. Ces régions devront pour former les formateurs, puis déterminer les filières de formation, conduisant à ces « métiers d’avenir » s’adresser aux instances régionales des partenaires sociaux (Médef, CGPME, syndicats de salariés) qui géraient avant ces fonds au niveau central. L’Etat a-t-il toutes les données pour décider seul ?

Beaucoup de questions sans réponses qui conduisent à s’interroger sur le rythme de cette réforme sans doute indispensable, mais dans une perspective de très long terme.

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