En ce jour des morts, où nous allons nous recueillir sur des tombes ou devant des urnes funéraires, ayons une pensée spéciale pour nos chers (dans tous les sens du terme) disparus politiquement, avec, comme toujours devant la « mort » des autres, un sentiment ambivalent de soulagement (pour eux et pour nous) et de regrets rarement éternels.

En premier lieu, le couple fratricide Giscard-Chirac, les deux plus anciens présidents de la République encore en vie, dont on peut raisonnablement penser que le premier ne fera pas un second mandat présidentiel et que le second ne fera pas le coup d‘un retour à la Poutine. Ils se sont affrontés pendant plus de 30 ans, Chirac a pu se venger politiquement, le destin a accordé à VGE une meilleure santé.

Enterrements de première classe

Plus hasardeux d’enterrer politiquement Nicolas Sarkozy et François Hollande. Il est peu probable qu’ils se représentent en 2022, mais le premier reste et sans doute restera un parrain incontournable non seulement pour le prochain président des Républicains, mais aussi pour celles et ceux qui se préparent à représenter la droite modérée lors de ces élections de 2022. Pour François Hollande, c’est plus compliqué car on n’a jamais vu, jusqu’à présent, le parrain d’un champ de ruines.

Et puis il y a le cas Fillon, redevenu simple citoyen, simple militant, ne s’exprimant que très rarement et travaillant dans le secteur privé. Il a toujours des fidèles qui regrettent son échec en 2017 (comme Nicolas Sarkozy a les siens, très nombreux parmi les adhérents des Républicains, qui regrettent encore son échec de 2012), mais il attend toujours et risque d’attendre encore très longtemps un jugement. Les Français dans leur ensemble semblent l’avoir oublié, mais il leur est déjà arrivé de retrouver une mémoire perdue depuis plus longtemps.

Alain Juppé n’a pas disparu politiquement, restant maire de Bordeaux et un sage que l’on écoute, sinon vénère. Pour lui, comme pour les quatre ex-présidents qui auront, chacun à leur façon, marqué l’histoire politique de la Ve République, la volonté de renouvellement et de « dégagisme » qui aura marqué l’année 2017 a conduit les français à les sortir de leur champ de vision.

De morts-vivants à revenants?

On peut penser que ce mouvement nous prive des qualités, de l’expérience, et des compétences de responsables politiques plus jeunes, personnalités fortes et clivantes comme Manuel Valls et Nathalie Kosciuszko-Morizet, qui suscitent l’admiration et l’attachement des uns, le rejet et l’hostilité des autres. Je ne pense pas qu’on puisse les considérer comme disparus politiquement.

Et puis il y a les anciens ministres sous le mandat de François Hollande et qui, grâce à Emmanuel Macron, ont quitté le champ de la scène politique. Je dois avouer une reconnaissance éternelle à notre actuel président pour avoir fait disparaître, au moins provisoirement,  des écrans, de nos yeux et surtout de nos oreilles Najat Vallaud-Belkacem, mesdames Taubira et Aubry et particulièrement l’ancienne ministre de la Santé et des comtes sociaux, Marisol Touraine. On pourra me reprocher un réflexe misogyne, machiste à l’égard du beau sexe, mais je ne perçois pas pour quelles raisons les femmes politiques auraient le privilège de devoir rester éternellement en place et d’échapper à la volonté ambiante de voir de nouvelles têtes et d’entendre de nouvelles voix. Volonté qui durera ce qu’elle durera. Il pourrait y avoir avant le début novembre 2018, 2019 et 2020 d’autres cher(e)s disparu(e)s politiquement. Tout va si vite.