Comparer sa propre famille, surtout si celle-ci s’est illustrée pour avoir donné à la Quatrième République son dernier président du Conseil, René Coty, à une plage de galets, peut avoir quelque chose de pertinent.

Produits par le ressac des vagues et des marées, polis par l’air, l’eau, les pieds des vacanciers, jetés au loin distraitement, revenus à la même place après des centaines d’années, près de la Manche qui ne dépasse jamais les dix-neuf degrés, tels sont les galets sur lesquels Benoît Duteurtre a passé ses vacances d’été, enfant, puis devenu adulte. Entre les deux, il a divorcé d’Étretat, une ville balnéaire qui fait semblant d’en demeurer une, alors que les familles parisiennes les plus fortunées n’avaient déjà plus les moyens de restaurer leurs toitures.

Les galets, ce n’est plus ce que c’était…

On a démoli la salle de bal du casino. Plus personne ne prend la peine de remonter sa cabine de plage au début de la saison. Étretat, avec sa falaise en grande arche, est devenue comme les autres : ville de bord de mer, sans magie, avec quelques fantômes d’une splendeur passée à laquelle plus personne n’adresse un salut. C’est un des drames de la démocratisation des voyages, des congés payés, de la lutte des classes. Mais ce n’est pas bien vu de dire ça.

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On se souvient alors, avec le romancier, de la queue de la comète : « Aller du Havre à Étretat, c’est s’éloigner de la province pour découvrir une plage de Paris. » Sur la plage, les cousines, en maillot de bain une pièce, proposent des chewing-gum aux plus jeunes, le trésor si chic, si parisien, des sixties. À Étretat, on ne trouvait ni palaces, ni rien qui ressemble à des endroits à la mode. Seule une succession d’artistiques exercices d’ascèse, effectuée par des hommes importants à Paris, humbles à leur manière sur les galets, dans l’eau froide, sous la pluie et la sévérité des arches de granit.

Quand vient la fin de l’été…

Les chanceux pourront continuer, même, et surtout hors saison, à détailler la palette infinie des couleurs de la roche, des nuances des vagues, quand se taisent les badauds, quand s’en vont les souvenirs et les villas de famille, quand on reste seul, un galet dans la main, hésitant à le lancer au large.

Le temps est venu pour nous de rentrer de vacances. Plus lourds que les galets d’Étretat sont les romans de la rentrée.

Pour ceux qui voudraient ne pas plier tout de suite leur serviette, parcourez donc, sur mon conseil :

Le même ciel, de Ludivine Ribeiro, où la mer devient prétexte à de délicates sauvageries tropicales.

Dimanches d’août, de Modiano, si vous croyez encore qu’il peut faire jour et soleil dans un roman de Modiano.

La Naissance du jour, Colette à Saint-Tropez.

Les Cerfs-Volants de Romain Gary : amour, guerre et Normandie.

Ou bien Costa Brava, d’Éric Neuhoff, Villa Kérylos, d’Adrien Goetz, Cap Kalafatis, de Patrick Besson, qui parlent pour eux.

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Marie Céhère
étudie la sophistique de Protagoras à Heidegger.Elle a publié début 2015 un récit chez L'Editeur, Une Liaison dangereuse.