Résumé de l’épisode précédent: Par un matin gris dans une ancienne cité industrielle de l’est, Muller, un vieux flic buriné est appelé par son adjoint: le cadavre d’un homme nu gît dans la cave d’une maison jadis coquette, occupée par une femme entre deux âges, il semble avoir été tué d’une balle dans la tête.

…Muller déplia un mouchoir de batiste violine hérité d’un grand père légionnaire qui l’avait brodé d’un « mektoub » et d’un cœur transpercé d’un sabre. Il entreprit de se moucher consciencieusement et bruyamment, puis, ayant examiné d’un air satisfait le produit de sa vidange nasale, il replia soigneusement le linge et le remit dans sa poche. Il fit alors le tour du macchabée avant de s’accroupir dans un craquement d’os. Il passa un long moment à regarder le corps sous toutes les coutures, façon de parler puisqu’il était nu à l’exception des pieds vêtus de chaussettes élimées au talon. Muller ruminait et murmurait des phrases inintelligibles tout en palpant et retournant le défunt avec rudesse; son adjoint fit une grimace.
– Le légiste va râler patron.
– Ce con n’est même pas capable d’autopsier un pot-au-feuV!
– Le con il vous emmerde ! tonitrua une voix de baryton martin au fort accent méridional : le médecin légiste venait justement d’atterrir dans la cave, déplaçant avec difficulté ses cent-trente kilos. Vous me foutez encore le bordel Muller, bonne mère ! Le pot-au-feu c’est pour les boches de l’est, à nous autres c’est la bouillabaisse qu’on autopsie…
– Salut Pasqua. Muller se releva péniblement pour lui serrer la main.
– Salut Derrick. Alors qu’est-ce qu’il te dit ce mort?
– Il me dit qu’il était déjà mort avant qu’on lui farcisse le crâne de plomb.

Manifestation monstre des sidérurgistes en colère d’Arcelor Mittal, cette semaine à Metz : 50 travailleurs et 60 CRS. Deux trois fiers à bras ont bien essayé de « forcer » le passage, juste pour dire que, hein le patronat n’arrête pas la rage ouvrière, une ou deux petites grenades lacrymogènes ont vite calmé leurs vaines ardeurs. Bref ça ne mobilise pas les foules, l’annonce, attendue, de la fermeture des hauts-fourneaux lundi n’a pas provoqué de débordements, hélas. L’anarchie ça n’est pas pour tout de suite, et puis il y a longtemps que du coté de la CGT on a oublié ces temps glorieux ! Le gouvernement a soixante jours pour trouver un repreneur, comme le dit un syndicaliste FO (chacun son tour, unité syndicale oblige) monsieur Broccolis : c’est un marché de dupes, délai trop court et que faire d’une filière liquide s’il n’y a pas la garantie en aval d’écouler l’acier en question ? Imaginez une usine de pâtes et personne derrière pour faire la pastasciutta ! (Avec parmesan) …Thibault le dandy de la CGT parle de contrôle public pour ne pas dire « nationalisation », les souvenirs de 81 à 95 ne sont pas glorieux. Le comique troupier Poutou quant à lui, parle carrément de réquisition. Il semble qu’une grande partie des bénéfices du groupe soient passés directement dans la poche du patron, le siège étant à Luxembourg, rien d’anormal, c’est le pays idéal pour le blanchiment et la défiscalisation. L’Etat français, au bord de la ruine va-t-il acheter les Patural pour un euro symbolique et les donner aux travailleurs afin qu’ils créent une SCOP et, que, grâce à leurs primes de licenciement ils remettent les hauts fourneaux en marche? Avec ULCOS en prime ? On peut rêver mais qui a encore envie de se décarcasser pour de l’acier ?

– Pute borgne ! S’écria le médecin, et qui c’est-ce fils de morue? On dirait un métèque…
– Un indien, d’Inde, un certain Lakshmi Mittal…
– Son nom me dit quelque chose…
– C’était le patron de l’usine quand il y avait encore une usine, le roi de l’acier toutes catégories en 2012.
– Je vois, on l’appelait le fossoyeur vers l’étang de Berre. Bon, qu’est-ce qu’il fout là, à poil et mort de surcroît ?
– Il est venu expier ses fautes! Rigola Pippo
– Tu ne crois pas si bien dire fils, tu as vu la phrase en hébreu écrite eu marqueur rouge sur son postérieur ?
– Je n’entrave pas le juif patron, ça dit quoi ?
– « Pardon pour le démantèlement »
– C’est surement un coup du Mossad… conclut l’adipeux carabin en se désinfectant les amygdales au whisky, qu’il tétait au goulot d’une petite flasque en argent.

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