Les jours raccourcissent, les nuits rallongent et la télévision offre un déplorable spectacle de fin d’année. Les débats de la Primaire ont déjà assommé plus d’un d’entre nous. L’antenne donne la migraine. La redevance passe encore plus mal que le changement d’heure. Et dire que la campagne présidentielle ne fait que commencer. La fin de l’automne s’annonce épique et l’hiver soporifique. En dehors d’Hanouna et des pains au chocolat, y-a-t-il une planche de salut pour une population qui sort exsangue d’une année noire ? En octobre, deux nouveautés DVD viennent cependant éclairer cette morne saison. Deux films qui agissent comme les derniers refuges avant l’inventaire. Deux façons de s’évader, voire de s’exiler : un documentaire sur les origines du surf et un bon vieux Sautet qui sent l’onglet à l’échalotes et le baba au rhum. Deux destinations : la plage ou la brasserie. Une même ivresse : le tourbillon de la vie.

Tous à vos planches !

A mi-chemin entre le documentaire et le film d’ambiance, The Endless Summer de Bruce Brown est, pour la première fois, disponible en DVD dans une version restaurée en haute définition. Il y a quelques mois, son passage en salles a éclaboussé tous les Brice de Nice et Patrick Swayze en bermudas. C’est un classique aussi indispensable pour un surfeur que sa combinaison et sa planche. Bien avant la déferlante Point Break, la genèse du surf a été racontée dans cet étrange périple, tourné en 1964, en caméra naturelle. On suit les aventures de deux surfeurs californiens Robert August et Mike Hynson, le brun et le blond, à la recherche de la meilleure vague. Cette quête proustienne emmène nos deux athlètes en Afrique puis en Océanie sur des spots quasi-inconnus à une époque où ce loisir balnéaire n’est pas encore un sport professionnel. Quel repos pour les yeux de voir ces cavaliers des mers chevaucher la houle, sans placards publicitaires sur le dos et sans le renfort de boissons énergisantes toutes les trente secondes. La beauté originelle des décors, pas encore souillée par les touristes, les couchers de soleil poudrés, l’esprit d’entraide qui règne parmi ces pionniers, le chambrage entre copains, les jolies filles en maillot, en somme, cet été sans fin a le charme des premières fois. La musique du groupe The Sandals ajoute à la magie de l’instant. Sénégal, Ghana, Nigéria, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande, Tahiti, nos deux compères courent après le tube parfait en évitant les requins et les chutes spectaculaires. Ils roulent dans des coccinelles ou des combis Volkswagen, voyagent très léger (des shorts et des sparadraps) et pensent souvent à Hawaï et aux récifs de Waikiki, leur terrain de jeu. Avec un budget de seulement 50 000 dollars, ce film est plus qu’un marqueur générationnel, il a fait entrer le surf dans les foyers du monde entier.

The Endless Summer – Un film de Bruce Brown – Carlotta Production –

L’addition, s’il vous plaît !

Les films de Claude Sautet ouvrent l’appétit ! La pellicule embaume les rognons de veau sauce madère et les filets de hareng pommes à l’huile. Le tout arrosé d’un pichet de Brouilly ou de Chénas. Un cinéma aussi délectable que la cuisine bourgeoise traditionnelle. On se régale. Garçon ! tourné en 1983 ressort dans une version restaurée

par Pathé. Les dialogues de Dabadie crépitent sur le feu de l’action bistrotière et la musique de Philippe Sarde entraîne le ballet des serveurs dans une brasserie parisienne, carrefour des âmes en peine. Ce film d’intérieur à caractère social reproduit l’ambiance d’un restaurant. Sautet, sorte de Ken Loach en tweed, préférait s’intéresser à la psychologie des personnages qu’à la lutte des classes bien que son style élégant n’élude aucune facette du monde du travail. Alex (Yves Montand), chef de rang, séducteur en fin de carrière, tente de remonter une dernière affaire, un parc d’attractions au bord de la mer, et de s’extraire de sa condition. La prestation de Montand, cabot et truqueur, trop de lourdeurs dans le jeu, nuit à la fluidité de l’ensemble mais Garçon ! vaut surtout pour la formidable galerie de seconds rôles. Ils sont tous parfaits, aussi précis qu’une cuisson chez Lasserre. Jacques Villeret en serveur triste, Bernard Fresson en chef gueulard, Henri Genès en entrepreneur belge, Nicolas Vogel inoubliable de maintien ou encore Jean-Claude Bouillaud aux petits oignons. Quant aux actrices, elles crèvent l’écran. Sautet, exceptionnel tailleur pour dames, ne commet aucune faute de goût. Nicole Garcia est à tomber, Dominique Laffin à la dérive appelle au secours, Rosy Varte nous fait oublier Maguy et Marie Dubois, en trois répliques, emporte le spectateur. Bon appétit !

Garçon ! – Un film de Claude Sautet – Pathé Production –

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Thomas Morales
Journaliste et écrivain.Spécialiste reconnu du cinéma et de l’automobile, il collabore à des revues parmi lesquelles Valeurs Actuelles, Service Littéraire, Schnock, Technikart, etc... Il écrit dans la presse automobile depuis près de 20 ans et nourrit depuis son enfance une passion pour les voitures anciennes, les Hussards ...
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