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En finir avec « l’universalisme républicain »

To be un universaliste républicain or not to be un universaliste républicain, that is the question 

En finir avec « l’universalisme républicain »
Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen © D.R.

« L’universalisme républicain ». Voilà ce que nos représentants défendent chaque jour sur les plateaux de télévision, s’aboyant à la figure que leurs adversaires sont « anti-républicains ». Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ? L’avocat Pierre Gentillet nous aide à comprendre ce qui n’est peut-être qu’une abstraction équivoque.


L’universalisme, le dictionnaire Larousse le définit comme étant la « conception selon laquelle les idées et les valeurs sont indépendantes du temps et du lieu ». Républicain, de son côté, signifie « conforme aux idéaux d’égalité, d’ordre public et de centralisation propres à la conception française de la république ». L’universalisme républicain est donc la conception selon laquelle les valeurs de la République sont bonnes partout et tout le temps. Mais alors, que tirer de cela ?

Lorsque nous interrogeons l’avocat Pierre Gentillet sur la définition de l’universalisme républicain, il soupire : « Ah, oui. Ce fourre-tout ». Et d’embrayer : « Nous n’avons aucune définition juridique des valeurs républicaines. Je ne sais pas ce que c’est. On va répondre “Liberté, Égalité, Fraternité”. D’accord, mais c’est très flou ! ». Or, la République et ses valeurs sont au fondement de notre droit.

D’abord, l’universalisme républicain instaure la notion de « droits naturels » et inaliénables propres à chaque être humain. Ces droits, compilés dans la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne, donnent ainsi un cadre législatif que seule peut outrepasser la Constitution Française. Enfin, en théorie.

Car en pratique, cette Charte est directement inspirée de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC) du 26 août 1789, qui se retrouve dans le préambule de la Constitution Française. En clair, légalement, impossible de ne pas mener une politique « d’universaliste républicain ».

Mais qui décide de cela ? En premier lieu, on retrouve la CEDH qui, en interprétant la Convention Européenne des Droits de l’Homme, décide de ce qui y est conforme. Le Royaume-Uni en a d’ailleurs récemment fait les frais : l’institution a suspendu le processus d’expulsion de ses migrants au Rwanda. Et qui en fait partie ? Tous les pays d’Europe (à l’exception de la Biélorussie), plus la Turquie, l’Arménie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan. Ajoutons que l’adhésion à la CEDH est nécessaire à l’entrée dans l’UE, mais que l’UE n’en fait pas partie en tant qu’institution !

Le problème est également philosophique. Il y a deux siècles, l’universalisme républicain a rompu avec le droit naturel qui postulait que le droit devait se fonder sur la réalité observable : « Les hommes ne naissent pas libres et égaux. Certains naissent petits, d’autres avec un handicap : ce n’est qu’une fable. Pour la gauche, le droit arrive pour corriger les inégalités naturelles » ajoute Pierre Gentillet. On en revient alors à la Nation française comme « Contrat social » rousseauiste, et non pas comme réalité culturelle ou ethnique : « empirique, historique et organique » précise-t-il. « On ne fait pas Nation. Le peuple français n’est pas fait : il est ». Ce qui fait une nation, c’est donc l’adhésion (et a fortiori, l’assimilation) aux « valeurs universelles de la République ». Même les caractéristiques régionales françaises doivent en être écartées car différentes de l’idéal de « centralisation » nommé par le Larousse. Exit le localisme et les régionalismes.

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Cependant, ces communautés ne sont pas les seules à ne pas être reconnues. Cette doctrine nie en sus les autres communautés, basées sur une religion, une orientation ou une identité sexuelle ou une appartenance d’origine.

Mais alors, comment concilier Nation française et universalisme ? « La Révolution Française n’a pas seulement cherché à imposer la République en France. Elle a cherché à exporter la République partout, la République universelle ». Un État mondial ? N’allons pas si loin, mais on retrouve cependant directement le lien direct avec le messianisme américain. Le Bien, c’est la République. Pour rappel, l’universalisme républicain est ce qui incitait Jules Ferry en 1885 à soutenir la colonisation : « Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ». L’impérialisme, ultime stade de l’universalisme, a été mis en œuvre successivement par les Français, les Britanniques, puis les Américains, afin d’imposer leur vision de la politique à travers le monde. Quand l’anti-impérialiste Mélenchon invoque l’universalisme républicain, est-il conscient de prendre place dans cette tradition ?

Qu’est-ce qu’un anti-républicain aujourd’hui ?

Tout le monde veut être républicain : trois mois durant lesquels la sphère politico-médiatique s’écharpe sur la « républicanité » de la NUPES et du RN l’ont prouvé. Avant sa mystérieuse disparition, le parti Reconquête était lui aussi sujet à controverse. Même Renaissance, moins souvent il est vrai, a été taxée « d’anti-républicanisme ». Alors, au fond, comment définir un anti-républicain ?

Le danger de cette notion réside d’abord dans sa double définition : d’un côté, le système politique ; de l’autre, les valeurs modernes issues de la Révolution Française. Or, la critique de cette deuxième définition est souvent amalgamée avec le rejet de la première. La confusion entre démocratie et République, entretenue savamment par les défenseurs de cette dernière, n’arrange rien au problème.

Pour les tenants du républicanisme, ces valeurs sont en effet contingentes à la démocratie. La démocratie ne peut en effet, selon eux, se passer des libertés fondamentales, du libéralisme et a fortiori de l’universalisme. Considérer qu’on peut dialoguer avec Bachar El-Assad, Khadafi ou Poutine sans critiquer leurs régimes, c’est rompre l’universalisme et les principes républicains. De même, être un anti-libéral opposé, par exemple, à la CEDH, vous éjectera de la sphère du respectable. Impossible, donc, de s’opposer sérieusement à l’immigration.

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A contrario, le communautarisme de la NUPES fait également les frais de la disqualification liée à ce terme. La reconnaissance des communautés étrangères et le clientélisme qui s’ensuit sont en opposition avec les « valeurs de la République ». La laïcité, sujet sensible entre tous, s’inscrit également dans cette logique. Alors que la droite accuse la gauche de la sacrifier sur l’autel du clientélisme musulman, la gauche accuse la droite de complaisance avec le catholicisme.

Le deuxième moyen d’être anti-républicain, c’est l’autoritarisme. Jean-Luc Mélenchon, considéré comme un véritable leader populaire exerçant un pouvoir charismatique sur son parti, a ravivé au centre et à droite la peur du « populiste », renvoyant directement à l’imaginaire du dictateur. Emmanuel Macron, de son côté, a aussi vu sous son mandat l’apparition du terme « extrême-centre » renvoyant à sa gestion anti-démocratique et anti-libérale – selon certains critiques – des crises des Gilets Jaunes et du Covid-19.

République contre démocratie

Revenons-en au droit. Pour Pierre Gentillet : « Les implications légales de l’universalisme républicain font que supprimer l’Aide Médicale d’État pour les étrangers ou interdire le regroupement familial sont des mesures rendues impossibles par son corollaire : l’État de droit ». Nous y voilà, le fameux État de droit qu’Eric Zemmour contestait au risque de passer pour un « anti-républicain ». Part intégrante de notre sujet, il est à la base de toutes les « vraies » démocraties et consiste à dire que le droit est supérieur à la volonté du peuple, qu’il est des principes universels auxquels on ne peut pas toucher.

Ici, on peut dénouer une confusion fréquente selon laquelle la République et la démocratie seraient une seule et même chose. Si la démocratie est, selon le mot de Lincoln, « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », comment expliquer que la République subordonne le pouvoir du peuple au droit ? « L’Assemblée Nationale pourrait adopter la suppression de l’AME à l’unanimité, si le Conseil Constitutionnel juge que cela est contraire au “principe de fraternité”, alors la loi ne pourrait être adoptée », explique Pierre Gentillet (le « principe de fraternité » ayant été inventé lors du procès de Cédric Herrou, en 2018, pour avoir aidé des migrants clandestins à venir en France). Ainsi, on peut être « anti-républicain » et pro-démocratie ! Étonnamment, on remarque que les partis les plus « populistes » et donc anti-républicains sont aussi ceux qui prônent le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), faisant le pari que, grâce à un système plus référendaire, le peuple pourra l’emporter sur les institutions.

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Voilà le vrai clivage : détenteurs des institutions contre détenteurs de la vox populi, enfin, en cas de victoire du moins. Se proclamer anti-système comme le FN en son temps, c’était justement se placer en opposition à ces institutions inamovibles du droit. L’idée mélenchonniste d’une VIe République n’en est d’ailleurs que le pendant opposé. Les deux avaient considéré que l’universalisme républicain s’opposait à leurs idées, ils ont donc tenté de s’en défaire.

Alors que les idées de l’universalisme républicain sont en constant recul depuis cinq ans grâce à la montée d’un RN anti-libéral et populaire, et à celle d’une NUPES communautariste et populiste elle aussi, l’expression fait florès depuis plusieurs mois. La raison est simple : Marine Le Pen n’a pas fait sauter le « front républicain » qui existait depuis 2002 : vingt ans plus tard, elle s’est incluse dans l’universalisme républicain, élargissant ainsi la définition de l’expression.

Dans le fond, sans le savoir, tout le monde aujourd’hui est, dans une certaine mesure, un « universaliste républicain ».


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Jeune (dés)espoir du journalisme politique. Etudiant, pigiste, et un peu poète.

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