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À la recherche d’Eric Zemmour…

Depuis ses échecs retentissants, l'ex-candidat est muet

À la recherche d’Eric Zemmour…
© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Sur Twitter et sur TikTok, certains continuent à soutenir la cause d’Eric Zemmour en affirmant que lui seul aurait été capable de sauver la droite et la France dans le même mouvement.


La fidélité qu’il continue de susciter m’a rendu encore plus sensible l’interrogation sur son absence, ses pensées et ses sentiments, ses états d’âme d’aujourd’hui, ses déceptions et ce qui lui reste d’espérance. Je ne sais pas, tant il est devenu discret, ce qu’il projette, s’il a l’intention de continuer le combat politique ou au contraire de redevenir le brillant journaliste qu’il a été. Je ne crois pas que, malgré le questionnaire adressé à tous les militants de Reconquête et qui sur quelques points ne le ménageait pas, il soit passionné par le futur de son parti. On a appris qu’il ne reviendrait pas à CNews et au Figaro.

Bien au-delà de cet avenir dont les contours demeurent flous, incertains – en a-t-il lui-même une idée bien précise ? -, j’aimerais tellement pouvoir devenir lui quelques instants pour en avoir le cœur net : regrette-t-il son équipée présidentielle ? A-t-il l’impression d’avoir gâché son talent médiatique dans cette campagne qu’il a démarrée en trombe et finie épuisé, déçu, amer ? A-t-il pris conscience qu’il ne suffisait pas d’avoir de remarquables qualités intellectuelles pour briller sur le plan politique mais qu’il convenait d’avoir en plus un grand sens tactique, plus de psychologie, moins de mépris peut-être, d’être lucide sur les rapports de force et de ne pas prendre systématiquement ses désirs pour des réalités ? A-t-il mesuré combien certaines outrances, aussi délibérées soient-elles, l’entêtement avec lequel il s’est rendu prisonnier de quelques convictions discutables poussées à l’extrême, lui ont nui en donnant du grain et de la haine à moudre à ses adversaires ? Se repent-il d’avoir traité trop longtemps à la légère Marine Le Pen ? Il n’a en effet pas perçu à quel point la normalisation du RN, malgré l’échec présidentiel de Marine Le Pen, offrirait une victoire parlementaire qui gêne le pouvoir contraint d’accepter un soutien sur lequel il feint de cracher.

Eric Zemmour a-t-il opéré un examen de conscience, évalué ses forces et ses faiblesses, admis qu’il n’était sans doute pas le politique exceptionnel qu’il se persuadait d’avoir été mais que son formidable talent était celui d’un essayiste et d’un débatteur hors de pair ?

A-t-il eu le courage de tirer cette conclusion de son expérience présidentielle qui en définitive l’a banalisé : elle l’a conduit à emprunter des chemins ordinaires et à être battu sèchement.

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Je me demande si Eric Zemmour va être assez détaché de soi, serein et clairvoyant sur son caractère, son comportement d’hier, pour s’avouer coupable de trop de certitude d’avoir raison, de trop de refus d’admettre ses torts, pour arbitrer entre celui qu’il a été longtemps, indépassable dans son genre, et celui qu’il aurait rêvé d’être. Saura-t-il revenir sur ses pas en abandonnant la gloire éphémère et clinquante de quelques mois ou se repose-t-il actuellement pour mieux poursuivre sa destinée politique parce qu’il jugerait intolérable qu’elle en reste là ?

À bien y réfléchir, c’est moins l’Ukraine et sa défense maladroite sur Poutine et la Russie qui l’ont fait trébucher mais plutôt son incroyable certitude d’être le meilleur, tous compétiteurs confondus, et que cela sera reconnu forcément par la démocratie, tôt ou tard.

J’imagine le désarroi d’une telle personnalité, tellement habituée à briller de son fait et peu éprise des problèmes d’organisation. Comment reprendre possession de soi, en rejetant l’inutile et en conservant le nécessaire ?

J’aimerais me glisser une seconde dans la peau d’Eric Zemmour pour connaître sa réponse à toutes mes interrogations. Il détesterait mon apitoiement sur lui mais pourtant je ne peux m’empêcher d’éprouver une sorte de mélancolie face à tant d’illusions perdues, à tant de maladresses évitables, à tant de talent gâché et à tant de vérités condamnées par leur extrémisme stérile.

À la recherche d’Eric Zemmour : je ne l’ai pas encore trouvé.


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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