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L’Egypte nez à nez avec Bonaparte

La chaîne de télévision arabe Al-Mayadeen nous révèle qu’un quidam égyptien voudrait porter plainte contre… Bonaparte pour sa responsabilité présumée dans la destruction du nez du Sphinx. Malgré la confusion politique qui règne au Caire, ce philanthrope a toutes les chances de voir son action judiciaire déboutée, faute de témoins et de preuves crédibles. Depuis la campagne d’Egypte de Bonaparte à l’aube du XIXe siècle, une légende cairote lui impute l’érosion nasale de l’animal mythique statufié, contre toutes les évidences de l’Histoire. Mais on ne prête qu’aux riches !

Pendant qu’une minorité de salafistes voudrait voir les pyramides et le sphinx tomber, dans un déluge de dynamite répliquant les précédents des Bouddhas afghans de Bamyan, ou du mausolée de Sidi Bou Saïd en Tunisie voire des marabouts sahéliens détruits par Ansar-Dine avec la bénédiction du Qatar, il se trouve donc encore un égyptien attaché au glorieux passé de Khéops. La mode n’est pourtant pas à la conservation du patrimoine dans un monde arabe en pleine ébullition, où l’accusation de paganisme, d’idolâtrie, d’impiété, voire d’associationnisme (mêler Allah à d’autres cultes ou divinités) peut vous mener droit au méchoui grandeur nature.

Mais une inconnue de taille demeure. Que le nez du Sphinx ait été saccagé par Bonaparte ou les mamlouks qui ont occupé l’Egypte  des siècles durant, le préjudice subi est le même. Et comme toute profanation mérite salaire, nous adressons tous nos vœux de récupération morale à Zaoui Saada, chef du Rassemblement démocratique algérien pour la paix et le progrès, leader de l’Organisation arabe unie et saint patron de toutes les causes désespérées. Après avoir courageusement exigé des dizaines de milliers d’euros à Charlie Hebdo, Gilbert Collard et Gérard Longuet, nul doute que notre homme saura endosser la muette douleur du sphinx. Qu’on se le dise : à force de souffrir pour Mahomet et l’Algérie postcoloniale, Zaoui Saada a le cœur et le préjudice personnel assez grands pour compatir aux malheurs de l’Egypte pharaonique…

 


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Journaliste et syndicaliste, Manuel Moreau est engagé dans le mouvement social.

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