Après les tueries de Tanta et d’Alexandrie, vous avez dit que vous alliez « prier pour les victimes ». Et qui sont les victimes ?  Ça, vous ne l’avez pas dit : vous devez penser que le mot « chrétiens » est de nature à choquer ceux qui ne le sont pas. Vous n’avez pas non plus nommé les assassins : votre bonté naturelle vous empêche certainement de dire « fanatiques islamistes ». Car dans « islamistes » il y a « islam » et vous avez un faible pour cette religion de paix et d’amour.

Vous êtes désigné sous le vocable de « souverain pontife ». Au vu de l’eau tiède dont vous remplissez vos bénitiers, l’appellation « souverain poncif » vous irait comme un gant… Pour les catholiques, vous êtes le Saint-Père et ils ont pour coutume de se blottir dans le giron de leur Sainte-Mère l’Eglise. Je ne suis pas très catholique. Mais si j’en étais un, je revendiquerais aussitôt, après vous avoir lu, le statut d’orphelin.

D’un François l’autre

Dans le flot des réactions suscitées par les tueries de Tanta et d’Alexandrie, vous n’êtes pas le seul à avoir ouvert le robinet à niaiseries. Sur le podium des nigauds, les places sont chères. Et c’est, de façon incontestable, François Hollande qui a accédé à la plus haute marche. Comme vous, très cher souverain poncif, le président de la République s’est bien gardé d’utiliser les mots qui fâchent (« chrétiens », « islamistes »). Et il a fait fort, très fort.

Son communiqué dénonce en effet un acte « visant à détruire l’unité et la diversité de l’Egypte » ! La « diversité » ? Le président de la République pense peut-être que Tanta et Alexandrie sont dans le 93 ? François Hollande n’est pas bête et méchant. Il n’est pas méchant. Son ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a, lui, été plus sobre. Sans utiliser les mots interdits, il a déclaré que « la France était solidaire de l’Egypte ». On ne va quand même pas exiger du chef de notre diplomatie qu’il dise qui a tué et qui tue…

Benoit Hamon est resté dans le même registre, en adressant ses condoléances aux « familles égyptiennes endeuillées ». Vous avez bien lu : égyptiennes, pas chrétiennes ! C’est un peu comme si, pour parler des dizaines de milliers de Juifs persécutés par Vichy, on disait « des dizaines de milliers de Français »…

Pour trouver des mots « chrétiens » et « islamistes » il faut se projeter à l’autre bord de l’échiquier politique. François Fillon et Marine Le Pen n’ont pas hésité à nommer les assassinés et les assassins. Ce n’est pas de votre goût, très Saint-Père. Maintenant, nous savons que vous n’êtes ni de droite, ni d’extrême-droite. Ouf !

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Benoît Rayski
est journaliste et essayisteest journaliste et essayiste