On peut s’étonner de la discrétion du boxeur Edouard Philippe, dans l’ombre d’Emmanuel Macron. Manquerait-il d’ambition ?


Alors que la politique est dominée par la communication, le Premier ministre, Edouard Philippe, est étonnamment discret. C’est simple : contrairement à son supérieur hiérarchique, il n’a jamais un mot plus haut que l’autre.

Le gestionnaire Edouard Philippe paraît, lui, plus affairé à faire des arbitrages à Matignon qu’à jouer les illusionnistes. Si les résultats à venir de la politique gouvernementale vaudront tous les discours, attention quand même à ne pas devenir transparent…

Elève appliqué mais pas assez indiscipliné

Emmanuel Macron l’a choisi pour affaiblir les Républicains à la veille des législatives. Mais à la différence de Benoist Apparu, piteusement disparu de l’arène politique nationale avec Alain Juppé, Edouard Philippe a su montrer toutes ses qualités politiques lors des primaires de la droite. Ennemi de Sarkozy et riche d’un ancrage local que n’a pas Macron, Edouard Philippe s’est vu confier pour mission de séduire l’électorat qui penchait à droite. Nommé à Matignon alors qu’il n’avait pas soutenu le président. Une première dans la Ve République !

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Respecté, Edouard Philippe remplit à merveille le rôle d’instituteur calme qu’on lui a donné: sévère sans l’être trop. Dévoué au président, bon chef d’orchestre, il ne souffre pas la comparaison avec un Jean-Marc Ayrault, spécialiste des couacs. Les deux hommes sont, jusque-là, parvenus à limiter les querelles stériles. Elles n’avaient que trop alimenté la chronique pendant les gouvernements de gauche du pathétique mandat Hollande. Avec des Hulot, Schiappa ou Darmanin, ce n’était pourtant pas gagné d’avance!

Le rôle du punching ball

Alors que l’exécutif connait ses premières difficultés, le président a dû aller deux fois à la télévision expliquer sa politique au bon peuple. La majorité présidentielle – inexpérimentée et « godillote » – est incapable de soutenir l’exécutif dans les coups durs. Pourquoi Philippe est-il resté autant à l’écart des projecteurs pendant toute cette séquence médiatique printanière ? Pourquoi refuse-t-il de monter au filet ?

L’électeur de droite a souvent l’impression qu’une ligne Collomb-Ferrand-Castaner (d’inspiration PS) prend l’ascendant dans l’exécutif. Et la prétention de Jupiter commence à lasser toute une partie de l’électorat populaire. Fin avril, sur Europe 1, face à un Patrick Cohen trop visiblement satisfait de lui énumérer  la liste des « bâtons merdeux » qui lui encombrent les bras, Edouard Philippe est apparu peu combatif et agacé. A la limite de la désinvolture !

Il faut que cette grève SNCF cesse avant les congés d’été des Français. Aussi, tout excès de zèle droitier du Premier ministre pourrait jeter de l’huile sur le feu… Et remobiliser des syndicats de cheminots très gauchisés.

Taper du poing pour voir demain

Edouard Philippe se contente d’affirmer sa fermeté face aux nombreux désordres. Mais cette posture est souvent contredite par les faits : évacuation toujours non effective des zadistes, désordre à Nantes (dont le centre-ville est régulièrement pris d’assaut), occupation de certaines facs…

Même si cela épuise le citoyen, Edouard Philippe ne devrait pas oublier de faire un minimum de politique partisane. Les inquiétantes approximations du ministre de l’Intérieur sur l’immigration, serait une occasion pour lui de taper du poing.

Notre Premier ministre de droite n’a pas de députés acquis à sa cause. Mérite-t-il les encouragements des conservateurs ? Dans ce que En Marche appelle « l’ancien monde », le Premier ministre vivait dans l’ombre du président dont il appliquait la politique et auquel il pouvait servir de fusible. Mais si on nous dit que tout a changé…

Le camp conservateur appelle le Premier ministre à s’émanciper et à porter plus haut le verbe droitier, majoritaire dans l’opinion. Sans quoi il pourrait finir par croire qu’Edouard Philippe n’a pas d’avenir politique au-delà de ce quinquennat…

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