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DSK fait honte à ses cheveux blancs

Les infortunes de Dominique Strauss Kahn ne surprennent guère les gens qui ont lu les auteurs libertins du XVIIIème, écrivains chez qui l’un des ferments de la Révolution, donné depuis pour un acquis, reste la destitution de l’autorité du vieillard, de l’homme de pouvoir, de celui qui a les cheveux blancs. Dans l’âge classique la vieillesse se discréditait volontiers par sa cupidité et sa prétention. Sous Louis XV, le rapport à l’argent reste une raison de mépriser les puissants, surtout quand ils ont passé la cinquantaine, mais ce sont plutôt les turpitudes sexuelles des financiers, fermiers généraux, évêques et aristocrates de haut rang qui deviennent un cliché littéraire. Les perversions amoureuses les plus puériles nous sont données comme preuve de leur hypocrisie, de la vanité de tous les pouvoirs et du caractère illusoire de la vertu. Pendant la Révolution, la vengeance du Peuple s’abat sur une caste déjà très affaiblie par sa mauvaise image. Tuer prêtres, dévots, ducs, patriarches, c’est en somme restaurer la vérité contre le mensonge, la naïveté contre le calcul, la beauté de la jeunesse contre la laideur des barbons.
L’image du vieillard plein de sagesse ne s’en est, au fond, jamais relevée.

La vertu des sexagénaires

Au dix-neuvième on a proféré d’invraisemblables solennités autour de la figure de l’ancêtre, en particulier dans l’œuvre de Victor Hugo – mais quand on a appris que ce dernier donnait dans le stupre à soixante-dix ans, on s’est vite calmé. Les notables de La maison Tellier de Maupassant, les barbons d’Offenbach qui courent après le personnel, les paillardises de la France de Fallières, la mort de Félix Faure, tout cela n’a pas contribué à redresser l’image de la vertu chez les sexagénaires.

Toutefois, dans le Tiers-monde colonial, on a gardé assez longtemps une réserve de respect à leur égard. Malgré les turpitudes observables sur le terrain, jusqu’aux années 30, le vieux blanc a conservé dans l’opinion la faveur issue de l’âge classique et des fadaises romantiques.
Hélas, après la guerre, cette image s’est entièrement flétrie sous l’effet de l’apparition des touristes. Pas partout, et pas toujours, mais dans la plupart des lieux et très souvent. L’homme chenu en provenance de Rotterdam ou de Liverpool est devenu le crétin en short qui marchande des poteries et cherche des fillettes à dix dollars. Sa légende a pourtant survécu à son existence. Il a fallu attendre une génération pour que les ridicules, les abus, voire les crimes commis par les détenteurs de devises et de passeports occidentaux soient dénoncés par l’opinion des pays émergents, et parfois sanctionnés.

Visiblement, nous y sommes. La couverture médiatique planétaire de l’affaire DSK ne s’explique pas seulement par l’avidité de la presse mais aussi par la curiosité malsaine, iconoclaste, d’une population mondiale majoritairement jeune, relativement pauvre, en situation de sujétion permanente, et qui cherche à secouer le joug par la méthode révolutionnaire la plus éprouvée : amoindrir l’autorité morale de celui qui parle.

Malgré le magistère que lui confèrent la civilisation dont il est le descendant, et les pouvoirs dont il est investi, l’homme blanc n’est plus qu’un chasseur puéril. Le terrain a été soigneusement défriché par Bill Clinton, le Priape de Little Rock, dont les frasques ont nourri des heures de débat sur CNN et qui a permis de ridiculiser l’Occident en l’obligeant à finasser en direct par satellite sur le thème : une fellation est-elle un rapport sexuel ? Les bulldozers de la bien-pensance ont continué le travail en essayant d’établir une confusion systématique entre catholicisme et pédophilie, diffusant des portraits d’évêques prédateurs dans le moindre recoin des Philippines ou du Gabon, où pullulent les prêtres qui vivent de rien et sont aimés de tous.

Avec Dominique Strauss-Kahn, la machine médiatique occidentale offre à présent au Tiers-monde la catharsis finale, celle qui doit avoir raison de l’ordre honni en illustrant jusqu’au vertige la dégradation de ses élites. Voitures, cartes de crédit, costumes sur mesure, call-girls et partouzes à deux mille euros, après tout, le Tiers-monde a raison, c’est dégoûtant. Peut-être faudrait-il faire savoir aux peuples du monde que nous sommes nombreux à préférer, à tout cela, la mémoire de De Gaulle et la silhouette de Churchill. Parce que finalement, ils nous en veulent de ne plus pouvoir adhérer à notre conception de l’autorité. À force de voter tous les matins la mort du Roi, nos élites ont incité la planète à prononcer la nôtre. Nous n’aurons bientôt plus, pour nous défendre, qu’à restaurer l’archétype universel, le Christopher Lee du Seigneur des Anneaux, avec sa barbe triste et sa longue gueule de prophète. Dominique Strauss-Kahn en est très loin, c’est une chance, peut-être la dernière qui nous reste.


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58 ans, franc-tireur, auteur d'un éloge de l'âge à 30 ans, romancier très peu rive-gauche, vit à la montagne depuis ses premiers succès romanesques. Grand voyageur, "diplomate culturel" par nécessité (Italie), Collaborateur du Figaro, de Valeurs Actuelles et auteur de Gens de Campagnol (Flammarion, janvier 2012) qui se donnait pour ambition d'écouter la France qu'on n'entend pas

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