Donald Trump. Sipa. Numéro de reportage : AP21964535_000060.

Il aura beau avoir fait preuve d’une combativité hors du commun durant toute la campagne présidentielle américaine, il est maintenant fort probable que les derniers scandales à caractère sexuel aient raison de Donald Trump. S’il croyait avoir enterré ses aventures compromettantes, voilà qu’elles sont remontées à la surface, non sans l’intervention d’une opération médiatique bien planifiée. Disons que si le sexe fait vendre, il peut surtout faire perdre quand il est associé à tant de mauvaises manières.

Le rejet des élites perdurera

Alors que de plus en plus de commentateurs annoncent la défaite de Trump et le couronnement de Clinton, il est assez curieux d’observer à quel point les gens ont déjà l’impression de passer à autre chose. Pour la plupart des analystes qui se sont évertués à chanter les louanges d’Hillary Clinton tout en comparant son adversaire aux grands génocidaires de l’histoire, la défaite de Trump marquera la fin d’un certain populisme malodorant aux États-Unis. Mais dans les faits, l’histoire ne fait que commencer.

Le rejet des élites, dont quelques auteurs ont souligné le rôle dans la dernière campagne présidentielle, ne doit pas être aussi rapidement évacué de la discussion. Pour comprendre l’évolution prochaine de la société américaine, il faut garder en tête que ce mépris de l’establishment restera profondément ancré dans l’imaginaire populaire. Aussi longtemps que les politiciens contribueront à aseptiser la société pour se conformer servilement au politiquement correct, le peuple sera enclin à verser dans cette nouvelle forme de romantisme ambiant. Aussi longtemps que les gouvernants lèveront le nez sur le besoin d’adversité qui anime toute société, la population baignera dans le cynisme. Car si les extrêmes se nourrissent, le centre leur fournit souvent bien de la matière.

Un populo latino ?

La victoire prochaine d’Hillary Clinton pourrait donc jeter de l’huile sur le feu plutôt que de calmer les esprits. Non seulement Clinton n’a jamais fait l’unanimité dans son propre parti en raison, justement, de son grand attachement pour l’establishment, mais elle incarne toute cette tiédeur, voire toute cette modération dont les effets sont devenus contre-productifs. La candidate démocrate affiche peut-être un plus grand dynamisme lorsqu’il est question de géopolitique, mais il est fort à parier que sa politique intérieure marquée par l’adoration du multiculturalisme sera mal accueillie.

En gros, deux mandats consécutifs assumés par Hillary Clinton pourraient préparer le terrain à la formation d’une relève populiste encore bien plus féroce que celle représentée par Donald Trump. Quand on y réfléchit, Trump n’aura probablement pas été le plus radical de tous les candidats républicains. Il aura surtout été le plus grossier et le moins éloquent. Dans quelques années, gageons qu’un homme politique rusé et distingué pourrait canaliser beaucoup plus habilement la grogne populaire qui sévit aux États-Unis. Et qui sait, peut-être sera-t-il issu de la communauté hispanophone ?