Ce que d’aucuns ont qualifié hier de « bombe » – à savoir la mise en garde adressée aux Etats-Unis par l’agence Standard & Poor’s concernant leur notation AAA – est en réalité un non événement. D’autres instituts pourraient certes emboîter le pas à S&P, encore qu’il est quasiment certain qu’ils attendront la fin de la présidentielle de 2012, tout comme il est vraisemblable que les USA perdront à moyen terme ce AAA…

Il était on ne peut plus prévisible que ce qui portait doctement l’appellation de « baisses de taux quantitatives » et qui consistait prosaïquement à activer à outrance la planche à billets, mette KO les finances d’une nation déjà durement éprouvée par les crises des subprimes et du crédit. En fait, la combinaison de cette crise souveraine américaine (encore en gestation) et des conflagrations de l’Europe périphérique enverront au tapis la reprise économique mondiale qui se profile depuis quelques mois.

La précarité des comptes US pourraient certes ne pas se traduire mécaniquement par une envolée du financement de ses déficits et, à cet égard, le cas japonais est encourageant. Voilà en effet un pays qui, en dépit de crouler sous une catastrophe fiscale et budgétaire depuis de longues années, parvient quand même à financer ses ardoises à des taux très intéressants.

Toutefois, contrairement au Japon qui est le premier investisseur mondial, les Etats-Unis disposent d’une épargne nationale négligeable et sont de ce fait entièrement dépendants des fonds étrangers … qui seront évidemment accordés plus chèrement en cas de dégradation de sa notation. La crise souveraine US « en gestation » verra donc le jour à l’horizon 2013 car ce pays, dont le déficit de la balance des paiements est proprement gigantesque, ne saurait éternellement compter sur la Chine pour financer son train de vie. Le grand déclencheur sera la chute substantielle du dollar qui se prépare…

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Michel Santi
Franco-Suisse né à Beyrouth en 1963, il a sillonné le Moyen-Orient. ex-cambiste et trader, il dirrige sa propre société financière à Genève pendant douze ans. Aujourd'hui, Michel Santi décortique, scrute et analyse le monde de la Finance. Il est également rédacteur du site : Gestion Suisse
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