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Deux ou trois choses que je sais d’Oscar Niemeyer

Deux ou trois choses que je sais d’Oscar Niemeyer

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Oscar Niemeyer est mort à 104 ans. Le communisme conserve, apparemment. Ce désir qu’on a, chevillé au corps, de ne pas mourir avant d’avoir vu une société où le libre développement de chacun sera la condition libre développement de tous.

Oscar Niemeyer est mort à 104 ans. Ce qui dément l’idée poujado-prudhommesque que le goût pour les révolutions, l’égalité et les mondes meilleurs, ça passe en vieillissant. Ca ne passe jamais parce que pour Niemeyer, il n’y avait nulle réconciliation possible avec monde-là sauf par la beauté et l’égalité, ces deux passions qui ne sont contradictoires que pour ceux qui veulent être heureux tout seuls.

Oscar Niemeyer a construit le siège du PCF, place du Colonel Fabien, alors qu’il avait fui en 1964 la dictature militaire au Brésil et s’était réfugié en France. C’était la France de De Gaulle. Comme quoi, il y a militaire et militaire. À se demander si ce n’était pas plus facile de trouver l’asile politique dans la France du Général que dans celle de Manuel Valls. En même temps, c’était Malraux qui était ministre de la culture et qui lui a obtenu le décret pour travailler en France. Autre temps, autre mœurs.

Oscar Niemeyer a conçu le siège du PCF comme un drapeau déployé au vent. Avec la coupole comme un ventre de femme. Je me demande ce qu’il a pensé quand Robert Hue a loué l’endroit pour y faire un défilé Prada. Peut-être que ça l’a rendu triste. Peut-être que ça l’a amusé. Le Brésil et les jolies filles, ça va ensemble. Et puis on ne voit pas pourquoi le marxisme serait incompatible avec la lingerie, au contraire. Si ça se trouve, ce soir là, deux ou trois mannequins ont pris leur carte au PCF et sont en train d’infiltrer, depuis, les milieux de la haute couture. Comme ça, le jour du grand soir, ce sera robe cocktail et smoking sur les barricades.

Oscar Niemeyer a participé, au milieu de la savane, du cerrado, à la construction de la capitale de son propre pays, Brasilia.  Ex nihilo. Il y aura tout de même eu, dans ce vingtième siècle sinistre, quelques utopies concrètes, quelques exemples de prométhéisme heureux.

Oscar Niemeyer disait : « Apprenez à connaître la vie, la souffrance, la misère des hommes, lorsque vous aurez appris cela peut-être que vous commencerez à faire de la belle architecture ». On dirait que la leçon a été très moyennement retenue puisque désormais, quand on se promène dans les quartiers d’affaires que l’on trouve désormais dans toutes les villes françaises et qui sont  calqués sur ceux de la Défense, on a l’impression d’être nulle part.  D’ailleurs, on n’est nulle part. On n’est nulle part partout désormais dans une planète unifiée par la marchandise.

Dans la courbe d’une colline, Oscar Niemeyer voyait une courbe de femme allongée sur le côté. Et dans la courbe de la femme, celle d’une architecture. Ce n’est pas le Verbe qui se fait chair avec Niemeyer, c’est le béton. Miracle de la sensualité, épiphanie du désir.

Oscar Niemeyer a  fait partie des architectes du siège des Nations Unies à New-York. De Gaulle appelait l’ONU « le machin ». Il n’empêche, après l’utopie concrète de Brasilia, l’internationalisme concret. Les Nations-Unies auront au moins inventé un bel oxymore, « soldats de la paix ». Et puis finalement, l’ONU,  c’est comme le communisme. Ce n’est pas parce que ça n’a pas encore fonctionné que l’idée est mauvaise.

Oscar Niemeyer, s’il avait été architecte dans les pays de l’Est, la face du monde en eût peut-être été changée. C’est la même histoire que la taille du nez de Cléopâtre chez Pascal. Une belle idée dans des vilains bâtiments, c’est fichu d’avance.

Oscar Niemeyer racontait : « Je me souviens de ce moment où, la construction du siège du PCF terminée, Thorez, le secrétaire du Parti, m’a demandé : « Oscar, j’ai une vieille table qui m’a accompagné toute la vie. Est-ce que je peux la mettre dans mon bureau ? » Comme architecte, je n’avais jamais entendu une preuve de respect du travail d’autrui aussi délicate et juste. » C’était en 2007, dans une interview à L’Huma. Pas un communiste français n’aurait osé citer Thorez comme ça, en 2007. En public, en tout cas.

Oscar Niemeyer était un communiste qui a construit de magnifiques églises : la cathédrale de Brasilia, l’église de la Pampulha à Belo Horizonte. Rien n’est simple.

Oscar Niemeyer avait un atelier qui donnait sur la plage de Copacabana avec ses jolies filles qui jouent au beach-volley. On peut penser que son fantôme y dessine toujours leurs courbes en attendant l’avènement d’un communisme poétique, sexy et balnéaire.

*Photo : sputnik 57.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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