On n’a pas tous les jours l’occasion de faire une B.A. bien aseptisée. Pourtant, en ce moment, elles ne manquent pas : le CD et DVD des Enfoirés nous permettent de contribuer à lutter contre la faim au seul détriment de nos oreilles, qui saignent chaque hiver un peu plus, le froid n’ayant plus d’effet sur elles. Mais lutter contre la faim ne suffit pas. Et cela, Depeche Mode l’a très bien compris.

Spirit, L’Alph-Art de Depeche Mode

Aujourd’hui, le groupe revient pour sauver le monde du deuxième fléau qui le guette : le fascisme sur fond de patriotisme rampant. Pendant que les Enfoirés vont à la gamelle des Restos du Cœur, Depeche Mode se sacrifie sur l’autel de la cause mondialiste et, bravant la peur de se faire des ennemis, part au front courageusement pour dénoncer le retour de la bête immonde. « Où est la révolution ? / Qui prend vos décisions ? Vous ou votre religion ? / Votre gouvernement, vos pays / Vos junkies patriotes ? », clame le chanteur Dave Gahan dans le refrain du single « Where’s The Revolution ».

En même temps, la traduction de l’extrait de Depeche Mode citée plus haut émane de RTL2, pour qui « You patriotic junkies » devient « Vos junkies patriotes »… Le Son Pop-Rock mais la traduction patraque. Quoi qu’il en soit, le trio britannique nous avait déjà fait le coup du discours « engagé » dans les années 80, en dénonçant… Lady Di (Cf. la chanson « New Dress », dans laquelle il reproche à la princesse d’enrichir sa garde-robe pendant que les guerres et les fléaux sociaux ravagent le monde).

« All that we need at the start’s / Universal Revolution (that’s all!) » (« Tout ce dont on a besoin au départ, c’est une révolution universelle, voilà tout ! ») chantaient-ils déjà en 1983. Analyse politique très synthétique donc, mais est-ce étonnant de la part d’un groupe de pop synthétique ? Les puristes diront que Depeche Mode n’est pas synthpop, mais dans les années 80 il l’était. Venons-en à la pochette de ce nouvel album. Elle illustre clairement le propos précité : cette iconographie de livres pour enfants ne trompe pas. Un visuel en signalétique, montrant une parade sans têtes (sans esprit ?) de créatures en pantalons et bottes noirs, attifées d’étendards moyenâgeux… Brrr… On se demande vraiment qui joue sur les ressorts de la peur. Et en effet, quand on écoute la musique de Spirit, on a très peur… pour Depeche Mode, ou ce qu’il en reste. Verdict : seul l’esprit d’un storytelling fumeux plane sur cet album. Spirit n’est que L’Alph-Artde Depeche Mode. Et pour l’auditeur, ce sera l’oreille cassée.

Burgalat, ministre!

Au commencement, il y eut le Burgalat « normal » (The Genius of Bertrand Burgalat, 1999). Puis il y eut le cheese Burgalat (The Sssound of Mmmusic, 2000). Aujourd’hui arrive le Maxi Burgalat (double galette). Bertrand Burgalat comme portraituré par Enki Bilal, osant un titre à la façon de Jean d’Ormesson, en voilà des raisons de se réjouir. L’électron libre de la chanson française electro-psyché au subtil goût vintage arrive pile à l’heure d’été pour nous faire oublier la gueule de bois de l’élection présidentielle (l’album sera dans les bacs le 19 mai). Ce voyage en apesanteur devrait ravir autant les électeurs de Macron sonnés que les supporters de Hamon déçus, les partisans de Mélenchon déconfits comme ceux, circonspects, de Marine Le Pen. Se réveiller avec Poutou à la tête du pays, il fallait bien un disque comme celui de Burgalat pour faire passer la pilule et offrir une bande-son à la hauteur du coup de tonnerre cosmique. Car il y a les choses que l’on peut dire (« mes filles de 15 ans sont assistantes parlementaires », « Hamon est désormais le candidat de notre famille politique », « Je voterai pour Emmanuel Macron », etc.) et les choses qu’on ne peut dire à personne (sans passer pour un fou), c’est-à-dire l’interdiction des licenciements et des contrats précaires, le Smic à 1700 euros, la semaine de 32 heures, la retraite à 60 ans, l’extension de la protection sociale, la gratuité des transports en commun, etc. ! Elles sont désormais en passe de devenir réalité. Burgalat a senti le vent tourner casaque quand il a enregistré son disque, c’est le propre de tous les visionnaires. Pour preuve, voyez la pochette : il a chaussé les lunettes du film Invasion Los Angeles et voit désormais la vie en rose extraterrestre, avec style ! Burgalat, ministre des Choses qu’on ne peut dire à personne, vite ! Verdict : Un disque intemporel, kitsch et langoureux, ambiance mélodies Nelson en sous-sol du Riviera Club, qui dispense du bonheur au kilomètre (19 titres!). Et ça, tout le monde peut l’entendre.

L’album de Bertrand Burgalat sortira le 19 mai. Il est disponible en précommande ici.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Partager
Sébastien Bataille
est l'auteur de nombreux ouvrages biographiques, dont Jean-Louis Murat est l'auteur de nombreux ouvrages biographiques, dont Jean-Louis Murat : Coups de tête (Ed. Carpentier, 2015). Ancien collaborateur de Rolling Stone, il a contribué à la rédaction du Nouveau Dictionnaire du Rock (Robert Laffont, 2014) et vient de publier Jean-Louis Murat : coups de tête ...