Palais du Luxembourg, siège du Sénat. Sipa. Numéro de reportage : 00764551_000018.

En 1920, l’Assemblée nationale vote une loi interdisant l’avortement et la contraception, toute propagande anticonceptionnelle est interdite sous peine de prison. Le 7 décembre 2016, le Sénat adopte « l’extension du délit d’entrave à l’IVG ». Maintenant, la prison ne sera plus pour ceux qui défendent l’avortement ou la contraception mais pour ceux qui oseront diffuser des informations qui pourraient détourner des femmes d’avorter. Autrement dit, à cent ans d’écart, on vote deux lois symétriques et liberticides.

Je me suis rendu sur le site incriminé. On y lit des témoignages de femmes qui ont subi un IVG. Certaines pensent que c’était la bonne chose, n’ont pas eu de séquelles, d’autres le regrettent. Bref, un spectre complet  en forme de témoignages divers et variés. Un numéro vert à appeler. Aucune exhortation à ne pas recourir à l’IVG.

En quoi donc ce site représenterait-il une menace au droit des femmes à interrompre leur grossesse si elles le désirent ? Sont-elles si fragiles qu’un témoignage contraire pourrait les détourner de leur décision, comme si elles n’étaient pas majeures ? Le fait d’empêcher les gens de lire ou d’écouter librement les opinions des autres (pour leur supposée protection) a un nom : totalitarisme.

Même s’ils étaient des sites catholiques prêchant ouvertement contre l’avortement (ce qu’ils ne sont absolument pas), on ne peut pas les traiter comme des sites djihadistes ou nazis appelant au meurtre ! Sans doute ces féministes ont-elles l’idée que si elles ne combattent pas en amont, des forces obscures et réactionnaires viendront réinstaller l’interdiction de l’avortement. Sachant qu’elles vont bientôt quitter le pouvoir qui tombera sans doute aux mains du très réactionnaire François Fillon, elles veulent laisser une dernière trace pour rendre imprenable la citadelle de l’avortement. Quelle meilleure défense que l’attaque ? Donc, elles abattent leur ire sur ces malheureux sites, y engageant tout le pouvoir de l’Etat avec la violence organisée d’une chasse aux sorcières, et avec l’aide des députés mâles qui ne peuvent rien leur refuser.  Ces femmes ont fait de l’avortement un symbole qui les rassemble, le combat d’une vie avec la lutte contre le sexisme. Et qui ne les approuve pas est un mâle oppresseur, un phallocrate  (je crois que ce terme est tombé en désuétude).  Mais je crois qu’un monde dans lequel si tu n’es pas pour c’est que tu es contre est un monde totalitaire. Un monde dans lequel l’information est filtrée pour modeler la pensée correcte des gens.

J’ai aimé à l’époque le « Manifeste des 343 salopes ». Ceux qui s’opposaient à la libéralisation de l’avortement étaient des réactionnaires figés dans de vieilles idées catholiques qui laissaient, au nom du droit à la vie, des femmes crever dans des officines obscures au cours d’avortements clandestins. Avec la loi Veil, les femmes ont gagné leur liberté, délivrées du carcan de vieux codes dépassés et oppressifs. Mais maintenant, l’oppression est dans l’autre camp (ça n’est pas nouveau, il suffit de voir l’histoire de la Révolution)…

La plupart des députés et sénateurs LR ont trouvé que l’extension du délit d’entrave portait une grave atteinte à la liberté d’expression. Et la gauche ? Et bien non, il ne s’est pas trouvé un « juste » pour protester contre cette première pierre posée pour limiter la liberté d’expression. Car oui, tout cela, pourrait-on dire, n’est pas très catholique !

Certains, comme Alain Millon (LR) ont même été jusqu’à dénoncer une manœuvre politique. «Nous sommes bien là face à une manipulation, ou pour le moins à une instrumentalisation de cette question essentielle pour le droit des femmes, à des fins peut-être politiciennes. Pourquoi une telle urgence à légiférer ? Pouvez-vous évaluer l’incidence de ces réseaux sur la liberté de choix des femmes ?».

Ceci, j’en ai peur, n’est qu’un préambule, une sorte de test en utilisant un sujet particulièrement absurde dont l’immense majorité des Français doit se ficher éperdument. S’ils veulent avorter, ils avortent et s’ils ne veulent pas, et bien ils ne le font pas ! C’est simple ! Légiférer là-dessus c’est créer un délit d’opinion soi-disant dans le domaine du « bien être » ou de la santé. C’est créer une réalité où régnera une vérité officielle.

Quelle sera la prochaines cibles ? Sur la chaîne Public Sénat lors d’un débat suivant le vote, la sénatrice centriste Françoise Gatel a exprimé une inquiétude qu’elle a repris dans un tweet : « Il faut m’expliquer comment le gouvernement va gérer les sites anti vaccins. Il y a un problème plus large. » Elle a mis le doigt dessus, la prochaine cible pourrait être ceux qui contestent la vaccination.  Avec une campagne menée par Marisol Touraine, appelée « concertation citoyenne » pour rendre obligatoire des vaccins qui ne le sont pas encore. Une revanche sur le fiasco de la vaccination contre la grippe H1N1. L’état est resté avec des millions de doses sur les bras, au frais des contribuables. La preuve qu’ils avaient tort est qu’il n’y a pas eu d’épidémie. La campagne menée sur internet était donc juste, ils ont perdu durablement la face (et le fric des Français au profit des labos). Alors, avant de passer à l’action, il faut créer un précédent pour neutraliser les contestations possibles.

Il faut faire disparaître tous ces sites. On accusera donc ceux qui prétendent que certains vaccins présentent plus de risques que de bénéfices. On dira qu’ils sont des dangers pour la santé publique. On pourra les faire taire, les rendre illégaux, ainsi que le foisonnement de sites de santé naturelle qui, s’ils continuent à intéresser les gens, finiront par saborder l’industrie pharmaceutique. Il y a de plus en plus de gens qui mangent bio, ces personnes ne prennent de « vrais » médicaments que quand ils sont obligés. 40% des Français ne croient pas en la vaccination et le disent. La « concertation citoyenne » de Marisol Touraine affirme qu’ils sont victimes de désinformation. Donc, suite logique, passer une loi de « délit d’incitation à la non-vaccination » ou une formulation de ce genre.  Et tout cela ne pourrait être qu’un simple début à un contrôle d’internet et de l’information libre sur n’importe quel sujet. Avec des sites « officiels » et « agréés ». Voilà la pente glissante qu’ouvre ce préambule à la limitation de la liberté d’expression qu’est « l’extension du délit d’entrave à l’IVG ».

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