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Les arts verts

Le journal de l'ouvreuse

Les arts verts
© Soleil

Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne !


Condition n° 1 pour diriger une ville verte : avoir lu Cyrulnik. Résilience, tout est résilience. Le dico dit : « Qualité de quelqu’un qui ne se décourage pas, ne se laisse pas abattre. » Et ne pas se laisser abattre, les Verts ont ça dans le tronc.

À Lyon, le nouveau maire a nommé un ingénieur antiréchauffement « adjoint à la politique de résilience et rapport développement durable ». À Strasbourg, la deuxième adjointe « sera en charge de la ville résiliente ». Bordeaux s’est trouvé un « adjoint en charge de l’urbanisme résilient ». Tous ces fins psychologues le jurent en chœur : on va vous le guérir, votre monde traumatisé par la bagnole et l’espèce humaine. Détachez vos ceintures, ça va résilier.

L’écolo nouveau évidemment ne s’arrête pas là. Il s’indigne du malbâti, s’inquiète de la « santé environnementale », verdit les gares, dessine des pistes (re)cyclables. Prône l’humour municipal : à Strasbourg un adjoint « en charge de l’accueil des populations, et des services funéraires » ; à Marseille un adjoint à l’« emploi et tourisme durable ». Et, comme tout le monde, se pique de culture.

Vous savez l’histoire. Au temps jadis, le Parti socialiste n’ayant aucune « politique culturelle » particulière (hors les pyramides du pharaon Mitterrand dont le socialisme n’a jamais été prouvé), la gauche s’en remettait au Parti communiste qui, lui, en avait une de politique culturelle, théorisée par son adhérent star, le metteur en scène Antoine Vitez : « élitisme pour tous ». Matisse pour tous, Molière pour tous, Mozart pour tous. Mais à peine couronné, le pharaon Mitterrand écrase le PCF, le mur de Berlin achève la bête, le socialisme se convertit au sociétalisme, le rouge au vert et réciproquement. L’élitisme pour tous tombe dans le coma.

Passent les jours et passent les semaines. L’écolo descend, l’écolo monte, gagne des villes et annonce la couleur : pas vert prairie, vert tank. Guerre aux vieux rêves ! Plus question de peuple élite, il veut du participatif, du déconstruit. Pour un élu communiste d’avant 89, Beethoven était un trésor populaire confisqué par les riches. Pour un élu vert, Beethoven est un vieux mâle blanc, méprisable vestige du passé colonial. Poubelle.

En 2014, la mairie de Rennes propulse aux affaires culturelles un ancien bassiste rock-reggae qui « travaille sur une meilleure gestion publique de la fête ». Au même instant le nouveau maire de Grenoble coupe les vivres à son orchestre, met deux théâtres sur la paille et assèche la MC2, maison de la culture modèle depuis Malraux. Le théâtreux Joël Pommerat, qui n’a pas trop le cœur à droite, dénonce la chute « libérale et populiste » des Verts fumée, marionnettes de Disney sans le savoir.

Six ans plus tard, deuxième vague. Le maire de Bordeaux confie ses arts à un paysagiste associatif qui prétend « désinstitutionnaliser » la culture et auditer l’Opéra. Le maire de Marseille trouve que « les décors de l’Opéra coûtent très cher pour un nombre réduit de représentations ». Collombienne passée mélanchonnoise, l’adjointe lyonnaise à la Culture aime tellement son nouveau job que, fin août, quand vous cliquiez le signet Culture sur le site de la mairie, apparaissait un panneau « 404 – PAGE NON TROUVÉE – Ooops – Cette page n’existe pas ». Festif de chez festif. Qu’est-ce qu’on va être heureuses dans la ville nouvelle, nous autres les ouvreuses !

Septembre 2020 – Causeur #82

Article extrait du Magazine Causeur


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