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Salut Causeur!

Salut Causeur!
Philippe Caubère © Hannah Assouline

Pour fêter le centième numéro de Causeur, le comédien Philippe Caubère prend la plume pour rendre hommage à un magazine pourtant bien éloigné de sa famille politique d’origine. Il en profite pour rappeler son amour de la corrida (ce qui ne devrait pas forcément ravir tous nos lecteurs) et qu’il est fier d’être un « enfant de 68 »… Mais après tout, le slogan de Causeur n’est-il pas « Surtout si vous n’êtes pas d’accord » ? Philippe Caubère vous parle de ses années Causeur…


J’avais déjà salué Causeur l’été dernier à l’occasion de sa une « VIVA LA CORRIDA ! ». Cette belle exclamation surplombait la photo, extraordinaire, d’un matador bravant le plus beau et plus furieux des toros de combat se préparant à le charger.

J’avais profité de l’occasion pour redire à quel point je souffrais de voir ma famille politique abandonner peu à peu à la droite – voire son extrême, puisque c’est ainsi que les journalistes de gauche définissent et caractérisent ce journal – tout ce qui me tient le plus à cœur et donne son sens à ma vie : le rôle de l’art, tauromachique ou non, comme rémission de tous nos péchés, la question des mœurs et de la sexualité dans sa seule anarchie, et partant, le monde entier des idées complexes et contradictoires.

Sauf que, pour ce qui est de Causeur, je ne suis pas d’accord : conservateur il l’est, sans aucun doute ; de droite certainement, sans masque ni déguisement ; trop, à mon goût, serait peu dire. Mais d’extrême, non. C’est un mensonge. Que je crois motivé d’abord par la jalousie professionnelle que ces journaux, coincés dans leur dérive réactionnaire, enkystés dans leur éternel et indestructible complexe de supériorité, éprouvent à l’encontre de la réussite indiscutable de celui-ci.

S’il est un mot dans la vie qui m’est plus précieux que tout autre, c’est liberté. Je suis un enfant de 68. Jamais je ne renierai cette révolution, vraie, historique, merveilleuse – n’en déplaise à Causeur – parce que sans mort et tournée vers l’avenir, qui m’a sauvé la vie, enkysté que j’étais moi-même dans l’effroyable complexe d’infériorité auquel l’éducation droitière et puritaine infligée par ma mère me condamnait. Paix à ses cendres, je ne lui en garde pas rancune, sachant bien que l’éducation, quelle qu’elle soit, ne peut être qu’un échec.

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« L’école c’est la mort », écrivait André Suarès, ce premier prix du concours général de 16 ans, ce normalien hors normes, ce philosophe prophétique, cet immense écrivain. De cette éducation catastrophique à tant d’égards, j’ai su faire une comédie joyeuse et enlevée, de trois heures quand même, La Danse du diable, avant une autre, de trente-trois heures celle-ci, Le Roman d’un acteur, suivie d’une autre encore, de dix-huit heures celle-là, L’homme qui danse. Elles ont, les quatre, éclairé ma vie d’homme et de comédien, comme enchanté et réjoui des dizaines, peut-être des centaines de milliers de spectateurs.

Je n’y ai, il est vrai, rapporté et mis en avant que ce que cette éducation eut de généreux, d’intelligent et clairvoyant — je pense à ces disputes qui nous menaient au bord du crime au sujet d’Alexandre Soljenitsyne… Est-ce par fidélité à son esprit si brillant, si peu conformiste, à sa drôlerie comme à son sens de la tragédie, son charme enfin, absolu, que j’éprouverais l’envie de rendre hommage à un journal qui, je trouve, lui ressemble un peu ?

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Après tout, c’est possible. Et pourquoi pas. Mais non, c’est plus que ça. Quelle que soit ma répulsion parfois devant ces unes affichant le visage de madame Le Pen, – moins nombreuses que celles de Libération, mais quand même ! –, je sais que je vais pouvoir y lire les mots uniques, brillants et libres de Frédéric Ferney, Yannis Ezziadi, Peggy Sastre, Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner, Morgan Sportès, Basile de Koch, Boualem Sansal, et tant et tant d’autres !

Comme ceux, bien sûr, d’Élisabeth Lévy, pour qui, au-delà de l’admiration qu’elle m’inspire, j’éprouve estime et affection – elle est pour moi la réincarnation de ma pauvre sœur adorée, Isabelle, cette comédienne de génie, qui, elle, me hurlerait dessus si elle pouvait lire cet hommage. Comme elle aurait tort elle aussi ! Bon vent à Causeur, la bise à Élisabeth et rendez-vous au 200e !

Avril 2022 - Causeur #100

Article extrait du Magazine Causeur


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Comédien, auteur de théâtre et metteur en scène français

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