Tout avait commencé lundi dans la joie, la transgression et la meilleure tradition chansonnière, avec ce communiqué de Charlie Hebdo: « Afin de fêter dignement la victoire du parti islamiste Ennahda en Tunisie et la promesse du président du CNT (Conseil national de transition) que la charia serait la principale source de législation de la Libye, Charlie Hebdo a proposé à Mahomet d’être le rédacteur en chef exceptionnel de son prochain numéro. Le prophète de l’islam ne s’est pas fait prier pour accepter et nous l’en remercions ». Pour parfaire la provoc, Charb et ses potes avaient choisi comme slogan: « 100 coups de fouet, si vous n’êtes pas morts de rire ! »

Force est de constater que sur ce coup-là, l’ami Charb s’est mis le doigt dans l’œil : ceux qui n’ont pas souri n’ont pas été fouettés. Au contraire, conformément à ce qu’ils estiment être leur foi et leurs valeurs, ceux qui ne rigolent pas avec ces choses-là ont estimé que c’est à eux et à eux seuls que revenait d’exercer le droit au châtiment et que seul le feu pouvait purifier Paris de l’offense faite au Prophète, prenant au passage le risque de faire périr tous les habitants de l’immeuble dans l’incendie qu’ils ont provoqué en pleine nuit.

Deux suspects auraient été aperçus sur les lieux de l’attentat, mais ils avaient disparu bien avant l’arrivée des forces de l’ordre. A l’heure où nous écrivons ces lignes les coupables courent donc toujours.

Mais on ne devrait pas avoir trop de mal à les identifier, puisque certains spécialistes ont déjà nommé les coupables : dès ce matin, par exemple sur iTélé, on pouvait entendre un certain Hassan Moussaoui[1. A ne pas confondre avec Mohamed Moussaoui, président en exercice du Conseil Français du Culte Musulman.], présenté à l’antenne comme responsable pour l’Ile-de-France du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) – et semble-t-il, haut dirigeant du Rassemblement des Musulmans de France. Que nous dit Hassan Moussaoui : il expédie en deux secondes une condamnation du bout des lèvres des incendiaires, pour dénoncer durant tout le reste de l’interview les vrais coupables, à savoir la rédaction de Charlie Hebdo : « Nous condamnons aussi la publication de ces caricatures, l’humour a des limites, la liberté d’expression a des limites, etc.» .

Ce genre d’argumentaire, nous le connaissons bien : c’est celui qu’on utilise depuis la nuit des temps contre les femmes violées « qui l’avaient bien cherché ».

Ce genre d’argumentaire encourage tous les ennemis de la liberté, de la laïcité et des droits constitutionnels à réagir violemment au nom d’une fantasmatique légitime défense des victimes de l’ « islamophobie ». Vous croyez que j’exagère ? Regardez plutôt l’affiche du colloque tenu ce week-end à Nanterre. On y présente les musulmans de France comme étant dans le collimateur. Toutes les réactions d’autodéfense, tous les appels à l’autodafé, tous les cocktails molotov ne sont-elles pas légitimes dans de telles circonstances ?

Peu introduit dans les arcanes des institutions musulmanes de la République, je ne sais pas si M. Moussaoui (si c’est bien lui qu’a interviewé iTélé) est habilité à parler au nom du CFCM. Si tel est le cas, et face au trouble patent à l’ordre public que constituent ses déclarations incendiaires, il n’y a à mes yeux que deux solutions : la rétractation ou la dissolution.

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