Lors du débat organisé par BFM TV, le 20 mars dernier, entre des têtes d’affiche des principaux partis, tout le monde était d’accord sur une chose: critiquer l’action du gouvernement face aux casseurs. Mais les deux partis de la droite, incarnés par Laurent Wauquiez et Marine Le Pen, ne l’ont pas fait pour les mêmes raisons…


Les chanceux fidèles du canal 15 ont pu écouter, le 20 mars dernier, une bien jolie chorale éco-citoyenne, quoique le refrain soit un peu monotone à la longue : LREM et tous les partis de gauche veulent apparemment « sauver la planète ». Tandis que les Républicains, eux, veulent « sauver » l’Europe, ce qui n’est déjà pas si mal. Marine Le Pen, enfin, reste fidèle à elle-même, dénonçant l’immigration (« On importe des chômeurs ») ou l’insécurité de nos belles campagnes (« Vous n’imaginez pas la catastrophe que représente l’explosion actuelle des cambriolages »). Voilà donc le tableau politique actuel.

Wauquiez plus macronistes que Macron ?

Depuis la droitisation du discours politique de Laurent Wauquiez après qu’il a pris la main sur le parti, et la dédiabolisation parachevée de l’ex-FN par Marine Le Pen, il est fréquent de lire que les deux principales formations de droite n’ont jamais été aussi proches. Reste que le RN – avec 22% des intentions de vote – fait quasiment jeu égal avec La République En Marche (23%) – laissant pour l’instant les Républicains à la traîne (12%)… Il devient alors peu aisé pour l’électeur conservateur de se décider sur la liste à laquelle il donnera son vote.

Mais en ces temps de samedis animés par les « gilets », le positionnement des deux partis diffère. Selon Laurent Wauquiez, « il faut [avant tout] une réponse policière, ce qui [le] différencie de Madame Le Pen ». Il argumente : « On n’a jamais eu dans notre pays une telle période de chaos. Cette présidence est vraiment marquée par l’installation de cette violence préoccupante pour tout le monde. » Dénonçant une « grave sous-estimation des questions de sécurité par le gouvernement depuis trop de semaines », réclamant des peines planchers « exemplaires » quand on agresse les forces de l’ordre, M. Wauquiez observe une crise de l’autorité qui viendrait de Notre-Dame-des-Landes, quand « on a laissé les zadistes gagner », faisant l’amalgame entre la Macronie et le quinquennat précédent.

Le Pen plus proche de Mélenchon

Le novice Stanislas Guerini (député LREM) a subi les attaques de tous ses petits camarades pendant plus de deux heures et était à la peine pour défendre la politique gouvernementale. Laurent Wauquiez n’a cessé d’être agressif à son égard, accusant donc la formation présidentielle de graves lacunes sur le plan sécuritaire. Etant donné la situation, le nombre de blessés (policiers et manifestants) ainsi que le coût des dégradations (les assureurs chiffrent déjà le tout à 200 millions d’euros), il aurait eu tort de se priver ! Mme Le Pen, de son côté, a dénoncé la casse certes, mais son discours, moins vindicatif, était plus… complotiste. Si le gouvernement « ne parle que de la casse », c’est pour étouffer dans l’œuf les revendications initiales des gilets jaunes, qu’elle soutient.

Surtout, à la différence de Laurent Wauquiez, elle a tonné contre l’emploi de l’armée pour sécuriser la dernière manifestation parisienne. Les gilets jaunes ont beau avoir complètement tourné gauchistes, elle a regretté que la réponse donnée soit « militaire » et non « plus policière désormais ». Ce soir-là sur BFM, Mme Le Pen était sur la même longueur d’onde que Jean-Luc Mélenchon (LFI) ou Olivier Faure (PS) : « On ne met pas l’armée face au peuple français. »

A qui profitera l’ordre ?

Jusqu’à présent, les deux partis de droite passaient leur temps à batailler pour afficher le profil le plus sécuritaire. C’est plus trouble aujourd’hui. Là où Laurent Wauquiez n’a vu qu’un gouvernement dépassé incapable de faire régner l’ordre, Mme Le Pen s’offusque surtout qu’aucun débouché politique autre que le « grand débat » ne soit proposé aux citoyens. S’affirmant « démocrate », la chef de file de l’extrême droite a réclamé une dissolution de l’Assemblée nationale. Et la France insoumise a applaudi. M. Wauquiez, lui, n’en veut pas : l’ordre avant tout.

Les macronistes en tout cas ne se demandent plus si les commerces doivent ou non ouvrir le dimanche. Ils aimeraient déjà qu’on puisse le faire le samedi… Après avoir massivement voté au second tour de l’élection présidentielle contre la soi-disant « peste brune », l’électorat bourgeois soucieux de sécurité et de concorde civile se retrouve dans un pays où c’est l’extrême droite qui reproche à un président « centriste » d’avoir déployé l’armée dans les rues…

Aux dernières nouvelles, ni Mme Le Pen ni M. Wauquiez ne sont allés jusqu’à défendre la militante  septuagénaire Geneviève Legay… Etant apparemment affiliée à Attac (gauche anticapitaliste), il ne fallait tout de même pas pousser mémé. Mon vote à moi ira pour l’ordre et au premier qui se proposera d’aller résoudre (à l’Europe s’il le faut) le vaste problème de l’invasion de trottinettes électriques en location sur les trottoirs de Paris.

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