Décidément, les droits des enfants déchaînent les passions : tandis que certains se battent pour leur donner « un papa, une maman », d’autres promeuvent l’abolition de la GPA (Gifle Parentale Autoritaire). La Fondation pour l’Enfance a ainsi réalisé une campagne publicitaire contre « les violences éducatives ordinaires », c’est-à-dire l’usage domestique de claques, fessées, taloches et autres torgnoles pour faire taire la marmaille. Dans le clip –qui sera diffusé sur toutes les grandes chaines pour culpabiliser sensibiliser les géniteurs sanguinaires- on peut voir la scène banale brutale d’une mère excédée par un marmot mutin, qui finit après plusieurs sommations par lui donner une gifle salutaire. « Une petite claque pour vous » clame l’invisible Tartuffe sur fond de musique tragique. Puis on revoit la scène au ralenti, et l’enfant défiguré par la main maternelle, voyant sa vie défiler devant ses yeux avant de s’enfermer dans un silence meurtri et prostré, probablement devenu déficient mental à la suite du châtiment corporel infamant. « Une grosse claque pour lui ». Silence. Méditation. La sentence tombe, lapidaire : « il n’y a pas de petite claque ».  Cet aphorisme relativiste laisse songeur : il n’y  aurait donc pas de différence entre le tabassage aviné à coup de ceinture, l’usage pédagogique du martinet et la petite tape sur les doigts.
Les auteurs de cette parabole s’appuient sur une étude de chercheurs canadiens, publiée en juillet 2012 dans la revue américaine Pediatrics qui démontre que les enfants ayant reçu des fessées ont plus de risques de devenir des cas sociaux une fois adultes, de tomber dans la drogue, la dépression et les troubles obsessionnels compulsifs.
La propagande bambinophile va son chemin, et on a même pu voir l’actrice Claudia Cardinale, le prince Felipe de Bourbon, Mikhaïl Gorbatchev, et la reine Silvia de Suède apposer conjointement leurs signatures sur une pétition anti-fessée initiée par le Conseil de l’Europe à l’occasion du trentième anniversaire de l’abolition de la gifle en Suède.
On se prend à rêver d’un monde réconcilié, où adultes de tous bords feraient la farandole ensemble dans un combat commun, la lutte contre la claque infanticide, et où la famille deviendrait un lieu aussi pacifique qu’une unité de soins palliatifs ou qu’un épisode de Bonne nuit les petits.
J’sais pas vous, mais moi, j’ai les poings qui me démangent.

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