Y a-t-il eu oui ou non caillassage des secours et détroussage des victimes à Brétigny-sur-Orge, lors de la catastrophe ferroviaire de dimanche dernier ? Il semblerait, hélas, que la version détestable des faits soit la bonne et que Causeur, qui a été un des rares médias à instiller le doute sur la version officielle, ait eu raison de le faire.
Ce matin, Le Point, s’appuyant sur un rapport de la Direction centrale des compagnies républicaines de sécurité (DCCRS) confirme la version qu’il a soutenu mordicus toute la semaine : oui, « il y a bel et bien eu des scènes de vol et de caillassage après le déraillement du train Paris-Limoges à Brétigny-sur-Orge ». Le verdict est sans appel : « À leur arrivée, les effectifs de la CRS 37 devaient repousser des individus, venus des quartiers voisins, qui gênaient la progression des véhicules de secours en leur jetant des projectiles » et  « Certains de ces fauteurs de troubles avaient réussi à s’emparer d’effets personnels éparpillés sur le sol ou sur les victimes. »
La droite, en la personne de la toujours prompte Nathalie Kosciusko-Morizet s’est enfin emparée du sujet : « manifestement, il y a une hésitation sur le sujet, on nous a dit que c’était un « acte isolé » et, aujourd’hui, ce qui apparaît, c’est que c’était plus sérieux que cela », a déclaré la députée de l’Essonne. « Si le gouvernement a essayé de camoufler ça, oui c’est un problème », a-t-elle ajouté.
Rappelons les faits.
Les incidents ont d’abord été relayés le jour même par Le Parisien, puis confirmés sur Europe 1 par Nathalie Michel, syndicaliste d’Alliance, qui se dit « écœurée ». Malgré la confirmation officielle des faits par le syndicat policier, la plupart des médias ont choisi de relayer la version officielle, celle de la préfecture et du gouvernement, qui parlait d’« acte isolé ». L’actuel ministre des transports Fréderic Cuvillier l’a certes concédé : « l’accueil des pompiers a été un peu rude ». Cette version a été validée par les  responsables de la Croix-Rouge et du Samu qui affirmaient n’avoir constaté « aucune agression et avoir travaillé de façon tout-à-fait normale » en gare de Brétigny.
L’entreprise de dé-légitimation de la version policière était lancée. En trois étapes.
D’abord, parler de « rumeur » pour bien disqualifier une information qui repose pourtant sur des témoignages policiers : « Pillages à Brétigny ? D’Europe 1 à la fachosphère, comment la fausse rumeur s’est propagée » ose ainsi  Le Nouvel Obs.
Ensuite minimiser les faits, en utilisant un champ lexical approprié : Essonne info parle  de « quelques tensions autour des lieux. », accordant qu’« une pierre a été lancée ». Une simple « bousculade » renchérit le Nouvel Obs. On dénonce l’« emballement médiatique ». « En fait, il s’est agi d’incidents mineurs, une embrouille entre des jeunes et des secouristes, et un vol de portable sur un médecin du SAMU. Un vrai djihad, comme on le voit » ironisait ainsi mercredi Le Canard enchainé.
Et enfin, technique subtile et subliminale, parler de « récupération », sur le mode infaillible du « si l’extrême droite en parle, c’est forcément qu’il y a manipulation ». Non seulement on nie les faits, mais on accuse ceux qui continuent à les relayer d’intentions « nauséabondes » (L’Humanité). « Toutefois nul caillassage ou émeute, comme certains ont pu l’écrire, parfois dans le but de profiter d’une polémique ainsi créée sur ces soi-disant « voyous » ou « barbares », peut on lire dans Essonne Info.
La question intéressante n’est pas tant la violence des actes, qui, comme l’a bien dit le président PS du conseil général de l’Essonne Jérôme Guedj, ne sont que le fait «de sombres crétins inhumains». Nul n’est besoin d’utiliser un vocabulaire outrancier du genre « charognards », « détrousseurs de cadavres » ou « lapideurs de secouristes » pour dénoncer des actes que toute personne de bonne foi trouvera inexcusables. Ce qui rend l’affaire passionnante est cette volonté évidente de la part de certains médias de nier un réel contraire à leur ligne éditoriale, et de s’obstiner à relayer une version officielle pour des motifs idéologiques.
Toute l’énigme consiste à savoir s’il s’agit d’une autocensure des journalistes eux-mêmes, qui en bons Tartuffe s’écrient « couvrez ce réel que je ne saurais voir ! », ou si, hypothèse un rien  plus complotiste, mais probablement tout aussi pertinente, ils ont, en plus de leur volonté spontanée de ne pas stigmatiser, choisi de relayer des consignes politiques directes venant d’« en haut ».
Cela expliquerait peut être les mots sibyllins de François Hollande qui a déclaré hier, face aux journalistes, vouloir « combattre les voix populistes ». Par tous les moyens ?

*Photo: capture d’écran France 2

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