banlieues jeunes violence

C’est toujours la même chose. Les autres ne se lassent pas. Je ne vois pas pourquoi je me lasserai de mon côté. Je n’aime pas le climat de cet été 2013. Pas pour des raisons météorologiques, mais pour des raisons politiques.
Voilà ainsi que l’on m’explique qu’entre Brétigny-sur-Orge et Trappes, la France sombre dans la libanisation médiévale. On nous l’avait bien dit, on est cerné par des hordes allogènes, islamistes, radicalement inintégrables, inassimilables même. Le   temps des jacqueries, des grandes compagnies, des bandes de chauffeurs est revenu.  On est en plein XIVème siècle. Il ne manque plus que la Peste Noire. Ça détrousse les cadavres dans les wagons fumants, même si décidément rien n’est toujours formellement prouvé. Mais émettre ne serait-ce qu’un doute méthodique sur la chose,  devant les informations contradictoires, suffit aujourd’hui à vous faire prendre 12 balles virtuelles dans la peau sur le mur où l’on fait défiler les bien pensants dans mon genre.
En même temps, il y a eu six morts tout de même, à Brétigny. J’ai bien l’impression qu’on les oublie du côté des partisans indignés de l’ordre et de la décence, trop pressés de trouver des coupables qui sont évidemment les suspects habituels. Pourtant même les plus acharnés contempteurs des « jeunes » qui ont vu des hordes de pillards s’abattre comme une nuée putride sur le lieu du désastre admettent que ce ne sont pas eux qui ont tué ou achevé les victimes du déraillement.
Alors le bien pensant que je suis voudrait savoir ce qu’il en est de la vétusté des rames, de l’usure du matériel, de l’externalisation ou de la privatisation de plus en plus fréquente dans les missions de la SNCF ? Qui a pris une fois le Paris Limoges sait que ce train avait le charme désuet des trains de permissionnaires. On y trouvait même des compartiments, comme dans le monde d’avant, oui des compartiments comme ceux où Buñuel fait commencer Le Fantôme de la Liberté. En même temps, tout ça a plus de quarante ans et on a beau être d’un tempérament nostalgique, rien ne vaut d’arriver vivant à la Souterraine quand on a quitté le matin même la gare d’Austerlitz.
Or, si le train n’est pas arrivé à destination, c’est qu’il a déraillé et s’il a déraillé, c’est parce qu’il était vieux, et s’il était vieux, c’est parce que la SNCF préfère investir sur les lignes rentables car la SNCF n’est plus un service public, c’est une entreprise de service public, nuance, et, sur ordre de Bruxelles,  déjà plus ou moins soumise à la très sainte concurrence libre et non faussée, que son nom soit béni.
Alors on peut toujours me parler des jeunes ordures qui auraient commis cette horreur, ne vous en déplaise, même si c’était avéré (et encore une fois ce n’est pas le cas), eh bien c’est un autre problème qui pose d’autres questions.
Celles de vous demander d’où ils viennent,  ces jeunes, quels sont leurs repères et quelle vie on leur fait. Parce qu’il faut être clair, à la fin, aussi clair qu’un maire UDI qui trouve qu’Hitler n’a pas fini le travail avec les Roms. De deux choses l’une : ou ces jeunes sont le produit d’une société inégalitaire, d’une éducation à la dérive et d’un monde où seul est glorifié le culte du pognon et il n’est pas étonnant qu’une bonne part d’entre eux se comporte comme des monstres. Ou alors ces jeunes « ont ça dans le sang » en raison de leurs origines ethniques ou de leur endoctrinement religieux et à ce moment là, il faut trouver une solution définitive, je ne parlerais pas de solution finale n’étant pas maire du Maine et Loire.
Mais bon, la droite qui aime tellement le concret, le réel, elle a quoi comme solution ? Parce que les émeutes, les pillages, il me semble depuis quinze ans que c’est assez équitablement subi par les gouvernements de gauche et de droite. Que la fin de la police de proximité, la préférence donnée aux BAC et à leurs méthodes proactives dans les cités n’ont pas non plus changé la donne de la sécurité en  France et que le bilan de dix ans de sarkozysme sur la question, (oui, dix ans, il a été ministre de l’intérieur dès 2002) n’a pas de quoi rassurer et que si Trappes à fait peur, c’est en références aux émeutes de 2005 dont on rappellera qu’elles ont explosé alors que c’était l’idéologie du tout-sécuritaire qui régnait. Je ne parle pas non plus de la RGPP qui a saigné les effectifs sur le terrain, les policiers étant, mais oui, des fonctionnaires. Enfin, mais pourquoi ne pas envisager de faire intervenir dans les banlieues des sous-traitants comme les Blackwater américains, cette armée privée qui a fait ses preuves en Irak ?
On attend maintenant dans les semaines qui viennent, pour compléter le tableau des peurs ancestrales, une bête du Gévaudan. Le requin de la Réunion est un peu lointain. Non, un loup ou un ours des Pyrénées, par exemple, qui aurait été protégé par une circulaire écolo et qui s’attaquerait à un camping ou à une colonie de vacances en faisant un carnage. Comme ça, ce serait complet. On vous l’avait bien dit, nous diront les bonnes âmes, c’est la gauche, ça. Laxiste un jour, laxiste toujours.
D’ailleurs, si l’ours pouvait avoir une burqa, ce serait encore mieux. Tout serait cohérent.

*Photo: b_hofer

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