Denis Tillinac a eu pendant des années un ami et confident en la personne de frère Verdin. Celui-ci livre un portrait de l’écrivain en vigoureux bretteur, marqué par la foi, la poésie et la politique.

Denis Tillinac (1947-2020) était un styliste incomparable et un homme terriblement attachant. Pas étonnant que son ami Philippe Verdin, frère dominicain, lui consacre une remarquable biographie, à la fois éclairante, audacieuse et pleine de panache. « J’ai découvert les livres de Denis en 1995, d’abord Maisons de famille et Le Retour de d’Artagnan. En 2002, je lui apporte à la Table Ronde mon premier roman, La Grande Tribu. On sympathise illico », raconte l’homme d’Église qui passe deux ou trois fois l’an à Auriac, où réside le romancier ; il célèbre les mariages des trois garçons de Denis et Monique, son épouse. Pour lui, il représente un mentor, un aîné bienveillant et complice. « Incomparable conteur, à l’humour et au rire irrésistibles », précise-t-il. « En sa compagnie, jamais d’ennui ou de langueurs ! »
A lire aussi: Les antifas de l’assiette
La foi catholique qui les unit joue indéniablement un rôle majeur dans leur amitié. Tillinac est d’emblée curieux de connaître un jeune moine ; il l’interroge sur sa vie, sur la Bible. Il lui rend visite à plusieurs reprises aux couvents de Lyon et de Paris. À Auriac, ils conversent à propos de Thomas d’Aquin, de Teilhard de Chardin, « conversations qu’il ne pouvait pas avoir avec ses amis hussards ou politiques, explique Philippe Verdin. La question du Salut et de la Grâce le tourmentait bien sûr, les éternels débats des Provinciales de Pascal. On parlait de tout ça. Denis aimait bien la contradiction quand elle était fondée sur l’expérience et la connaissance. Il m’interrogeait sur la prière, la manière dont Dieu me parlait. Nous avions en commun la foi, mais ça se mélangeait avec l’attachement à l’Afrique, l’expérience d’éditeur, l’engagement politique. »
Philippe Verdin souligne que Tillinac était un homme assez secret qui ne s’est confié à lui que par bribes sur sa vie spirituelle. Il le décrit comme un amoureux fou de la vie, un éternel adolescent, un homme perspicace et avisé en politique. « Il avait le don de jauger les hommes », poursuit-il. « Il avait aussi un sens étonnant de l’histoire qui se déroule et une culture littéraire exceptionnelle, emmagasinée grâce à sa mémoire prodigieuse. Il pouvait réciter des centaines de vers. » Verdin insiste aussi sur « sa curieuse passion pour la politique, qu’il voyait à la Balzac, comme le révélateur des caractères et des ambitions. C’était un écrivain à la plume tendre et bien balancée. »
A lire aussi: Réparer les vivants
Bien balancée ? C’est indéniable. Il suffit pour s’en convaincre de lire, parmi la soixantaine d’ouvrages qu’il a publiés (romans, essais, nouvelles, biographies, recueils de poésie), le sublime Spleen en Corrèze (le journal de bord du journaliste localier qu’il fut à La Dépêche du Midi et qui le fit remarquer dans le monde littéraire) et les tout aussi délicieux Le Bonheur à Souillac, L’Été anglais, Dernier verre au Danton. Et comment oublier l’éditeur (La Table Ronde), le baroudeur passionné et le conseiller du président Chirac ? Ce fou de la France, « seul intellectuel de droite qu’aiment les gens de gauche », ce critiqueur infatigable de Mai 68 et du capitalisme mondialisé, méritait bien cette biographie précise et enjouée. Merci, frère Verdin.
Denis Tillinac. Vivre en mousquetaire, Philippe Verdin, Éditions du Cerf, 2026, 272 pages.



