File d'attente pour du pain, Mémorial Franklin Roosevelt.

La majorité des investisseurs et analystes considérant les Bourses comme un indicateur puissant et fiable, les envolées des indices sont dès lors interprétées comme autant de signaux précurseurs anticipant une embellie économique. C’est ainsi que les appréciations notoires des Bourses en 2009 avaient été motivées par les multiples stimuli et autres plans de sauvetage mis en place quelques mois plus tôt qui avaient suscité une vague d’optimisme parmi les investisseurs persuadés que l’économie bénéficierait (au moins à la longue) des ces injections de liquidités. Pourtant, ce processus tend également à s’inverser lorsque les marchés se rendent compte que les économies ont du mal à suivre, l’euphorie boursière se dégonflant dès lors dans de misérables pschitts…

Les tourmentes boursières actuelles pourraient – et devraient – s’intensifier davantage tout en perdurant encore quelques années ! C’est seulement en 1945 que la Bourse américaine a, en valeurs actualisées de l’époque, recouvré pleinement les niveaux des années 1930… Le parallèle entre cette période et la nôtre étant au demeurant intéressant puisque, tout comme la fin des années 1930 marquées par la conclusion de la Grande Dépression et par la queue de comète d’un son lot de mesures plus ou moins discutables, la crise de 2007 et de 2008 s’est soldée par une montagne d’endettements qu’il revient à nos économies aujourd’hui d’ingérer tant bien que mal… Le réflexe compulsif de nos Etats ayant été limité à la mise en place successive de toutes sortes de mesures stimulatoires, il est impératif de reconnaître aujourd’hui que les Etats-Unis (que je cite car c’est eux qui ont été les plus généreux en la matière) sont toujours en récession, et ce 18 mois après avoir réduit à zéro leurs taux d’intérêts !

Bienvenue en 1932 !

Dès lors, comment réagir face aux baisses de taux frénétiques qui ont propulsé les déficits budgétaires au-delà de 10% du P.I.B. ? Les Bourses – celles-là mêmes qui avaient prédit une reprise notable pour 2010 – commencent donc par accuser le coup d’autant plus cruellement qu’elles ont cédé l’an dernier à un optimisme injustifié. Pour les Bourses mais aussi pour les Etats, l’heure de vérité approche.

L’exemple seul de la Californie suffirait à affoler: voilà un état Américain (et non des moindres !) qui, dans une tentative quasi désespérée de juguler un déficit de 19 milliards de dollars, licencie 200 000 fonctionnaires tout en réduisant de 14% le salaire de ceux qui sont toujours en poste Un autre état de moindre importance comme l’Illinois (au déficit de seulement 12 milliards !) étant pour sa part en retard de paiement sur ses écoles, centres de soin et prisons pour un montant de 5 milliards de dollars… Reconnaissons donc que la conjoncture économique s’aggrave progressivement, un million de citoyens US ayant littéralement été boutés hors du marché du travail, seule raison pour laquelle la statistique officielle du chômage n’atteint aujourd’hui pas les records historiques ! Et un chômeur Américain met en moyenne 35 semaines à retrouver du travail, ce qui représente le délai le plus long depuis la Seconde guerre mondiale.

La raison du désastre, c’est que les déséquilibres qui ont débouché sur la crise de 2007 et de 2008 ont encore été exacerbés par les injections de liquidités massives et opportunistes de gouvernements soucieux de retarder au possible les choix décisifs et les indispensables modifications structurelles. Le temps n’est plus aux interrogations académiques ni au déni car à présent que les effets (artificiels) des stimuli s’évaporent et cèdent la place à une réalité économique crue et non tronquée, nous entrons en récession !  Bienvenue en 1932.

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