(Photo : Craig Sunter - Flickr - cc)

Officiellement, il y a à peu près 50 ans, la société québécoise s’est débarrassée de ses curés. On leur reprochait de chercher à contrôler notre vie. Ils nous culpabilisaient en nous accusant de commettre des péchés. Ils voulaient gouverner nos consciences. Les gens en avaient marre.

Autant la religion est respectable dans son propre domaine, autant elle peut être exaspérante lorsqu’elle domine nos vies. Dès lors, nous nous croyons libres. Chacun fait ce qu’il veut de sa vie. Mais en sommes-nous vraiment certains?

Se pourrait-il que de nouveaux curés aient pris la place des anciens ? On sent bien, aujourd’hui, peser sur nous une nouvelle morale qui ne dit pas son nom.

On reconnaît les nouveaux curés à leur manière de vouloir régenter chaque parcelle de notre existence, et de nous présenter comme des individus mauvais si nous résistons à leurs ordres.

Au nom de la santé, ils veulent aseptiser la vie. Ils l’abordent en sarrau, avec un masque hygiénique. Viandes, charcuteries, alcools, boissons sucrées, sexe, tabac, friandises : dans leur monde idéal, ils pourraient tout interdire. Les nouveaux curés ne comprennent pas que les excès participent aussi au bonheur de la vie.

Mais au-delà de la vie quotidienne, les nouveaux curés règnent aussi.

Vous trouvez que vous payez trop d’impôts et que les services publics sont souvent misérables ? On vous traitera d’égoïste.

On vous interdira aussi de penser librement. En la matière, il y a un nouveau catéchisme auquel il faut croire et dont il faut réciter les articles.

Le monde doit être sans frontières. Les peuples doivent se diluer au nom de l’ouverture. Il doit y avoir toujours plus d’immigration et c’est à la société d’accueil de s’adapter aux immigrés. D’ailleurs, si l’intégration fonctionne mal, c’est la faute de la société d’accueil.

Vous devez penser du bien de toutes les religions et ne jamais vous questionner sur l’une d’entre elles en particulier.

Ah oui, n’oubliez pas que les sexes n’existent pas. Hommes et femmes sont des constructions imaginaires qu’il faudra déconstruire.

Mais vous doutez de cela ? Et vous confessez vos doutes ? Vous commettez un péché idéologique. On vous fustigera, on vous excommuniera. Raciste ! Xénophobe ! Islamophobe ! Sexiste ! On vous collera ces étiquettes pour vous transformer en monstre.

Hors de l’Eglise politiquement correcte, point de salut ! Vous devez avoir honte de vous-mêmes. Normal, vous avez des pensées honteuses !

Ces nouveaux curés dominent les médias, les réseaux sociaux et l’éducation. Dans leurs rêves les plus fous, eux seuls décideraient qui aurait le droit de parler publiquement ou non.

Il y a bien des manières de lutter contre les nouveaux curés. La meilleure, c’est de se ficher de leurs commandements et de leur faire comprendre qu’on ne se soumettra plus à leurs interdits.

Quand le commun des mortels ne croit plus à une religion, ses grands prêtres misent sur la peur. Ils nous insultent ? On doit leur rire au visage pour reprendre notre liberté.

Cet article a été initialement publié dans Le Journal de Montréal.

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Mathieu Bock-Côté
est sociologue.Auteur du Multiculturalisme comme religion politique (Cerf Ed., 2016).