Stockholm a Greta Thunberg et Paris Yannick Jadot mais c’est bien la Belgique et Bruxelles qui sont à la pointe du « climat ». L’écologie politique y a la main si verte qu’elle fleurit sur tout le champ politique, jusqu’à favoriser les greffes les plus improbables… 


Si une grosse mèche de l’écologie politique a été allumée en France sur le plateau du Larzac dans les années 1970, ce n’est pas dans l’Hexagone mais en Belgique que le feu écologiste a réellement fini par prendre. Aujourd’hui, c’est à partir de ce foyer qu’il se répand sur le continent et même au-delà à coups de marches hebdomadaires pour le climat avec Greta en guest star pour son World Tour.

Verts sur rouges

L’écologie politique, c’est cette utopie post-moderne qui prospère au sein de populations éminemment urbaines et déconnectées de la nature dont leur méconnaissance de celle-ci ouvre la voie à tous les fantasmes, toutes les vénérations, toutes les exagérations. Quand on ne connaît pas les odeurs de la ferme, quand on n’a jamais vu un oisillon mort se faire ronger par les vers, quand on confond le blé et l’épeautre, on peut imaginer que Mère Nature est plus douce que l’Etat-nounou qui protège de tout, que les vaccins sont plus dangereux que la maladie et que le lait, c’est très mauvais.

Ici, on met son cerveau au repos. On sort du champ de la rationalité pour s’en remettre à l’hystérie et à des principes pétris d’absolu et d’universel. Le dogme peut alors séparer les croyants des mécréants comme le bon grain de l’ivraie. Le camp du Bien semble avoir trouvé son arme fatale contre les méchants: le sauvetage de la planète. Rien de moins ! A Homo Festivus succède Homo Redemptionis. Mais la fête n’est pas pour autant finie. Au contraire, chaque jeudi, c’est une « Climate Pride » non genrée et déracisée qui anime la Belgique parce qu’en marge du climat, on décolonialise l’espace (un chiffon sur la tête de la statue équestre de Léopold II fera l’affaire) et on fluidifie les genres. Et tant pis si tout ça n’est pas très climatique, tant que ça reste festif et ancré à gauche.

Jaunes sur verts

Ce qui avait commencé il y a cinquante ans comme une grosse fête pseudo-paysanne où on faisait tourner les pétards (non, les bergers, les vrais, n’ont jamais eu trop le loisir de glander) est en train de prendre la forme d’un tsunami totalitariste porté par des figures juvéniles. En quelques mois, le temps qu’il fait est devenu l’alpha et l’oméga pour une Eglise de Climatologie qui entend réguler l’ensemble de nos faits et gestes. Ceux-ci seront jugés à l’aune de leur empreinte carbone. Les contrevenants seront taxés, jusqu’à ce que mort (de la classe moyenne) s’ensuive. Les entreprises devront faire pénitence jusqu’au dépôt de bilan.

Si la France développe de puissants anticorps face à ce nouveau culte, comme le montre le soulèvement des gilets jaunes, c’est en grande partie à sa composante « périphérique » identifiée par Christophe Guilluy qu’elle le doit. A contrario, si la Belgique est sa nouvelle Rome, c’est en partie lié à l’hyper urbanisation de son territoire. Dans ce non-pays, la périphérie s’est transformée en vase d’expansion pour des urbains qui abandonnent des villes souvent devenues trop chères et trop mondialisées pour eux, tout en emmenant avec eux leurs croyances et leurs pratiques. Somme toute, celui qui fuit la ville tend à se comporter comme un immigré lambda qui peine à s’intégrer. Quant aux campagnes, il n’en reste que quelques reliquats.

Verts sur verts

Dans un tel contexte, l’écologie a trouvé en Belgique un des terrains les plus fertiles pour prospérer. Si on ajoute à cela une Wallonie empreinte de luttes ouvrières et une Flandre encore fort catholique, on comprend mieux le succès de cette formule écologiste belge qui s’ancre dans le paysage politique en délivrant un discours de gauche sous forme de sermon.  Enfin, ne perdons pas de vue que l’un des papes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIec), organe suprême du culte qui nous occupe, n’est autre que le très belge Jean-Pascal van Yperseel.

Peut-être pour gagner les voix de la diversité qui caractérise Bruxelles, les écologistes francophones ont élu Zakia Khattabi, une pasionaria de la bande de Gaza, à la co-présidence du parti Ecolo. Les chiffres des dernières élections locales témoignent de la pertinence de ce choix. Néanmoins, il n’est pas sûr que l’écologie ait vraiment gagné les cœurs au sein des communautés visées quand on apprend les menaces de décapitation dont un élu schaerbeekois du parti fait l’objet. A Schaerbeek, où les verts font partie de la majorité, où l’immigration est surreprésentée et où les défis en termes de mobilité sont énormes, on commence à voir les limites du grand « en même temps » sur lequel Ecolo a misé.

Au quotidien, le difficile partage de la voie publique entre patrons de bar à chicha au volant d’une Maserati Levante ou d’une Porsche Cayenne et bobos déambulant à trottinette ou à vélo ne laisse pas beaucoup de doutes sur l’issue du match qui se joue entre ces deux populations. A terme, les plus farouches opposants de l’écologie politique sortiront des rangs de la bourgeoisie belge arabo-musulmane qui n’entend pas se priver des signes extérieurs de richesses qu’elle veut pouvoir exhiber. Erdogan, vénéré chez les Belges d’origine turque, doit sa popularité à un savant équilibre entre islamisme et capitalisme. A Schaerbeek, les écolos n’ont pas vraiment pris conscience du phénomène, ni de l’ampleur du rejet qu’ils suscitent.

L’écologisme sera le genre européen

Néanmoins, comme la quasi totalité du spectre politique belge s’est laissée piéger par l’extrême consensualisme de la question climatique, le parti Ecolo n’a même plus vraiment besoin d’investir dans sa campagne électorale européenne puisque les autres formations politiques font le travail à sa place. Sauf black out, la victoire sera au rendez-vous pour les verts.

En l’espace de six mois à peine, l’enjeu majeur des élections qui se situait clairement dans le champ des migrations a été éclipsé par la question du climat ! Plus que le talent des communicants, il faut surtout constater un dramatique appauvrissement des facultés de raisonnement de la population en âge de voter.

Cette caractéristique semble pouvoir expliquer la progression sinusoïdale des écologistes où aux grandes victoires succèdent des trous d’air qui finissent toujours par être rattrapés.  Quand une population vote sous le coup de l’émotion, elle finit toujours par être douchée. Mais comme elle n’enclenche jamais de processus rationnel pour identifier les raisons de sa déception, elle finit, telle une femme battue, à vivre des désillusions toujours plus profondes.

Du jeudi faisons table rase

Or là, en 2019, c’est un véritable emballement auquel on assiste en Belgique. Face à une droite largement dénaturée, et royalement divisée pour ce qu’il subsistait encore de vaguement authentique en elle, face à un Parti socialiste démonétisé par ses scandales, les verts ont toutes les chances de sortir triomphants des urnes le 26 mai prochain. Ils pourraient même être de toutes les majorités dans le pays…

Toujours à la pointe de l’innovation, la Belgique aura peut-être le privilège d’être le premier royaume à tomber sous le joug de khmers verts. Ceux-ci, à renfort d’égalitarisme totalitaire et d’incantations pseudo-environnementalistes devraient pouvoir instaurer en un temps record le chaos énergétique, une intensification des flux migratoires et une crise du logement sans précédent. A la vague verte succédera une vague jaune et on manifestera le samedi après avoir testé les limites de la semaine de quatre jeudis…

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