La France n’a malheureusement pas le monopole des propositions de loi stupides ou surréalistes. Ainsi, en Belgique, le ministre André Antoine vient de faire une proposition assez surprenante. André Antoine est l’un des nombreux ministres qui égaient les nombreux gouvernements au pays du Franco-Russe Gérard Depardieu. André Antoine n’est ni le pire, ni le meilleur, centriste comme tout le monde, avec une jolie tronche poupine qui révèle aux moins observateurs sa mollesse, que l’on rebaptise « onctuosité » quand on veut être gentil.
Donc André Antoine mitonne une proposition de loi qui abolirait les droits de succession pour les héritiers de personnes mortes de mort violente. Pourquoi cette proposition plutôt qu’une autre ? Et pourquoi maintenant ? Tout simplement parce que le Ministre Antoine, à l’instar de l’immense majorité du personnel politique, réagit à l’événement et à l’émotion qu’il suscite.

Revenons en arrière. Le 13 décembre 2011, un homme âgé de 33 ans, Nordine Amrani, tue cinq personnes et en blesse 123 autres, place Saint-Lambert, à Liège, avant de se donner la mort. Émotion, révolte, empathie, nul ne peut rester indifférent face à la douleur des familles des victimes. L’année suivante, en 2012 donc, le fisc fait son travail et réclame les droits de succession aux familles héritières de victimes. Tollé ! Les sacro-saintes familles des victimes déposent plainte, alertent les médias et pétitionnent à tout-va ! Elles sont outrées que l’on puisse leur réclamer quel que sous que ce soit ! Ne sont-elles pas des familles des victimes ? En outre, précisent-elles, l’Etat, qui leur réclame cet écot, n’a pas été capable d’assurer la protection de ses sujets, et il faudrait en plus lui refiler une dringuelle ???? Et puis quoi, encore ?
Evidemment, si l’on enfourche ce cheval de bataille, on pourrait aller beaucoup plus loin. Car enfin, à quoi bon financer des trains perpétuellement en retard ou un enseignement qui produit des crétins lobotomisés ?

Plus sérieusement, il y aurait beaucoup à dire sur les fameux « droits de succession », cette taxe sur la mort, cet impôt posthume, qui contraint des familles à se défaire dans l’urgence d’une partie de leur patrimoine pour s’acquitter de leur dû.

Mais, qu’on le veuille ou non, cet impôt existe et jusqu’à présent, seuls les insolvables en étaient exemptés. Si la proposition de loi du Ministre Antoine passe, il y aura une nouvelle catégorie de personnes pouvant éviter cet impôt : les familles héritières de personnes décédées par mort violente.

Donc, si votre grand-père meurt des suites d’une longue et pénible maladie, vous êtes priés de passer à la caisse ! Idem si votre Tonton chéri se fait emboutir par un 30 tonnes étourdi, ou si votre Maman se fait sauter le caisson le lendemain de vos noces ! La seule façon de rejoindre la caste des privilégiés exemptés, c’est de vous adjoindre les services d’un tueur à gages.

Certes, il est toujours confortable, et même valorisant, de se joindre à la foule des pleureuses indignées. Ce doit même être électoralement rentable. Mais cela n’en est pas moins irrationnel. Et injuste.

Mais qui oserait affirmer cela à notre époque de compassion tous azimuts, où le statut de victime crée une nouvelle aristocratie avec tous les privilèges afférents ? Et comme ce statut victimaire semble enviable à certains égards, ou, à tout le moins, engendrer des bénéfices secondaires, on peut gager que d’ici à quelques décennies, les rangs des victimes auront encore grossi. Restera plus qu’à trouver des bourreaux. Ou à rappeler que la mort, c’est toujours une violence.

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