Bardot et Marilyn ne sont pas seulement les deux plus grands sex-symbols du XXème siècle. Elles ont aussi tâté du micro avec succès, offrant à la musique populaire des airs d’insouciance juvénile parfois épicés, toujours effrontés. 


Descartes, qui voyait en l’animal « une machine animée », s’est trompé. Les animaux ressentent la douleur, sont sensibles et réceptifs à la musique, pas mal pour des mécaniques sur pattes, non ? La question est de savoir si Descartes avait une âme, lui, le cartésien au doute sélectif. Concernant l’animal Bardot, la question ne se pose pas. En effet, pour rappel, son dernier livre en date, Larmes de combat (2018), s’achève par cette phrase testamentaire : « Mon âme est animale ». Mais pour beaucoup, philosophes comme grands clercs, l’âme est insaisissable.

Joli rossignol

Heureusement, en 1956, Dieu créa la femme, longtemps après la bêtise humaine. La face du monde, ainsi que le sort des animaux, en furent – un peu – changés. L’histoire ne dit pas si les animaux, sensibles et réceptifs à la musique le sont à celle de Brigitte Bardot. Pendant une dizaine d’années (1962-1973), ce joli rossignol à la démarche de canard propre aux danseuses a chanté l’insouciance et la beauté du monde, avant de renoncer à siffler dans la nature face à la folie et la cruauté des hommes. Et avant surtout que l’avancée magique des Trente Glorieuses ne s’effiloche. Sur des airs concoctés par Gainsbourg et quelques autres dont Gérard Bourgeois et Eddie Barclay, l’actrice a renforcé son succès par voie de chansons espiègles et chaloupées comme les rivages de Saint-Tropez. Les désormais classiques « La Madrague », « Je t’aime… moi non plus », « Bonnie and Clyde » ou encore « Harley Davidson » ont conforté sans peine le règne de l’insoutenable légèreté de l’être Bardot dans le cœur des Français. Comme au cinéma, elle pouvait changer de registre au gré des microsillons, passant des rengaines yéyés aux déhanchés plus intimistes :

En 1982, elle lancera une dernière bouteille à la mer, un single dédié aux animaux (« Toutes les bêtes sont à aimer »), avec en Face B un plaidoyer anti-chasse. Le cerf brame, le cheval hennit, le corbeau croasse et les admirateurs de Bardot ronronnent de plaisir à chaque sortie médiatique de notre Marianne internationale : ses estocades contre les ennemis des bêtes et de la France sont à chaque fois une boucherie.

Il a fallu qu’une femme d’exception fasse de la cause animale le combat de sa vie pour que les animaux ne soient plus tout à fait considérées comme des objets dans ce pays. Le 28 janvier 2015, l’Assemblée nationale a voté en lecture définitive un projet de loi selon lequel l’animal est désormais reconnu comme un « être vivant doué de sensibilité » dans le Code civil et n’est plus considéré comme un « bien meuble »… La confirmation que la terre est ronde en quelque sorte. Et encore, ce n’est qu’une infime bataille remportée en quarante ans de luttes, mais la guerre est loin d’être gagnée. Trop de traditions barbares, trop de lobbies, trop de folies veulent encore la peau de l’animal. Surtout celle de l’intrépide Bardot, toujours en 2020. Il est temps que l’humanité se dote d’une âme animale, car un humanisme sans animalisme a la consistance d’une chimère estropiée.

Marylin Monroe : les sirènes peuvent se rhabiller

En parlant d’âme animale, une autre créature échappe à toute tentative d’embrigadement. Par-delà la mort même, depuis près de soixante ans…

Comme Brigitte, Marilyn possédait un bel organe, capable d’envoûter les hommes au premier trémolo. A côté de ses décolletés vocaux, les sirènes de l’Odyssée peuvent se rhabiller :

Cette grande admiratrice d’Ella Fitzgerald et de Frank Sinatra a, mine de rien, poussé la chansonnette dans nombre de films, où les scènes de cabaret et de music-hall relèvent de la performance érotico-ésotérique grâce à son joli brin de voix (et c’est un euphémisme).

Par ailleurs, a-t-on déjà chanté « Happy Birthday » avec autant de dévotion irréelle que Marilyn souhaitant un joyeux anniversaire à JFK, dans une robe conçue sur mesure en train de craquer sous toutes les coutures (alors qu’elle tournait son dernier film resté inachevé, le bien nommé Quelque chose va craquer…) ? Personne ne peut plus atteindre cette quintessence tragico-glamour, sans parler de sa reprise transcendante du voluptueux « I Wanna Be Loved By You », interprété à l’origine par Helen Kane.

Mais l’icône avait à son actif beaucoup d’autres standards taillés dans l’étoffe des étoiles. Enfiler l’intégrale de ses titres torrides, c’est un peu comme savourer une compilation des B.O. de James Bond, car les diamants, en plus d’être les meilleurs amis des femmes, sont éternels.

Il existe encore un point commun d’importance entre Bardot et Monroe. Les deux baby dolls au souffle chaud ont fait l’objet de nombreux hommages discographiques, par des figures elles-mêmes populaires : « Brigitte Bardot » (Dario Moreno), « Initials BB » (Gainsbourg), « Chanson pour Marilyn » (Nougaro), « Norma Jean Baker » (Jane Birkin), etc. Qui peut en dire autant ?

Voix graciles et sourires extatiques

Traquées comme des bêtes sauvages par les paparazzis, Brigitte et Marilyn demeurent insaisissables, et surtout irrécupérables, au sens désormais noble du terme. Trop libres, trop vivantes, trop vibrantes. Car en plus d’avoir été des sex-symbols, affront ultime, elles tiennent toujours le haut du pavé de nos rêves interdits… et enchantés.

Depuis qu’elles ont disparu des affiches de cinéma, comme les neiges d’antan sur l’écran noir de nos nuits blanches, le charme demeure, de leurs prestations ingénues. Et leurs voix graciles passent le cap des saisons de l’éternel féminin, dans un sourire extatique.


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