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Banque Argentine

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Bande annonce d'Azor, YouTube

Azor, le premier long-métrage du réalisateur suisse, Andreas Fontana, cherche à créer une atmosphère de mystère, teintée de complotisme, mais qui, à la fin, ne sent que la naphtaline.


Argentine, années 80. Héritier né avec une cuiller d’argent dans la bouche, Yvan De Wiel (Fabrizio Rongione) un banquier d’affaires genevois, flanqué de sa jeune femme discrète, élégante mais aussi fort pugnace (Stéphanie Cléau) à défendre les intérêts de son époux – « mon mari et moi, ne formons qu’une seule personne : lui » – séjourne à Buenos Aires après que son associé a disparu sans laisser de nouvelles. Dans les palaces, les salons feutrés ou les opulentes villas où gravite cet entre-soi de la fortune, d’obscurs conciliabules polyglottes s’engagent, en français et en espagnol, entre les vieux caciques de la haute finance internationale, leurs avocats, les propriétaires terriens, parvenus et autres éminences grises d’un pouvoir tout juste passé aux mains de la Junte : arrière–plan historico-socio-politique allusif, sciemment tenu hors champ du récit, mais qui s’insinue dans son atmosphère capitonnée, comme un vent de paranoïa mortifère.

Difficile, pourtant, de savoir exactement ce dont il s’agit dans cette intrigue cotonneuse à souhait, où sous la moindre réplique couvent mille sous-entendus, où les comparses, avec des formules d’hiérophantes, se toisent sournoisement, avec des mines (passablement sur-jouées) de conspirateurs. Un film décidément placé sous anesthésie générale ! Titre lui-même énigmatique, Azor s’avère n’être qu’un nom de code en usage chez ces initiés, apprendra-t-on au passage. Seul personnage attendrissant du film, Magdalena, sous les traits parcheminés d’une vraie star : ancienne compagne du chanteur Jacno et du génial cinéaste Brian de Palma, la très « racée » Elli Medeiros, née en Uruguay. La dame se confie à madame De Wiel, à laquelle l’unissent, semble-t-il, d’antiques liens familiaux tissés à l’intérieur de ce monde autarcique : « Si vous saviez comme je m’ennuie ! ». La fatalité de cet ennui finit par transpirer jusque dans le crâne du spectateur, lequel a du mal à se satisfaire d’un dénouement qui entraînera notre cynique, insaisissable banquier dans la jungle, pour se compromettre, sourire en coin, dans les basses œuvres ourdies par les conquistadors véreux de la dictature.   

Né en 1982, le réalisateur Andreas Fontana, de son propre aveu petit-fils de banquier, n’aura donc pas eu à chercher bien loin les ingrédients de son scénario (co-écrit avec Mariano Linas), pour son premier long-métrage. Lui qui enseigne à l’Ecole de photographie de Vevey, devrait apprendre que la naphtaline n’est pas l’autre nom du mystère.  

Azor. Film d’Andreas Fontana. Avec Fabricion Rongione, Stéphanie Cléau, Ellie Medeiros, Juan Tranch, Gilles Privat, Juan Pablo Geretto. Suisse, France, Argentine, couleur, 2021. Durée : 1h40. En salles le 12 octobre 2022.


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