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Ukraine : le débat impossible

Ukraine : le débat impossible
Le président de l'Ukraine Volodymyr Zelenskyy à Kiev, 9 avril 2022 © Evgeniy Maloletka/AP/SIPA

Le 30 septembre 2022, Poutine a officiellement signé les décrets de rattachement de quatre régions d’Ukraine à la Russie, à l’issue d’un violent discours contre l’Occident. De son côté, Zelensky, fort des récentes avancées de l’armée ukrainienne et du soutien de l’Otan à qui il a demandé un rattachement rapide de l’Ukraine, prévient les Russes : « Vous serez tués un par un comme boucs émissaires » tant que Poutine sera au pouvoir. N’avoir aucune sympathie pour le régime autocratique russe, condamner l’agression de l’Ukraine, est-ce compatible avec une critique des manœuvres américaines en Ukraine depuis Maidan, du suivisme européen, du non-respect des accords de Minsk, est-ce compatible avec la dénonciation de ce jusqu’au-boutisme mégalomane de Zelensky soutenu par Ursula von der Leyen? 


Faire la guerre à un envahisseur, un agresseur, un autocrate nationaliste, oui, mais dire publiquement que “les élites russes de tous niveaux seront tués un par un comme boucs émissaires” et réclamer l’implication du monde entier dans cette guerre fratricide, c’est dévoiler une morbidité singulière et une mégalomanie narcissique, celle d’un acteur qui a trouvé le rôle de sa vie, encouragé par une géopolitique de rivalités internationales et un air du temps propice aux folies collectives.

J’ai désormais plus peur de Zelensky que de Poutine et bien plus peur de Sandrine Rousseau que de toutes les “extrême-droites” réunies, sans vouloir comparer ces deux personnages sur tous les plans, bien entendu. Avec Poutine et Orban entre autres, on sait à qui on a affaire et chacun peut en fonction de sa propre vision du monde décider ce qu’il pense de leurs actes et de leurs intentions, mais comment ne voit-on pas qui sont des gens comme Zelensky et Sandrine Rousseau ? Il faut relire Eric Fromm et son livre La passion de détruire, anatomie de la destruction (titre de la traduction française) pour comprendre ces personnalités qui, sous couvert d’intentions libératrices ou émancipatrices et de lutte contre des oppressions, veulent aller jusqu’au bout de leur volonté narcissique, quitte à sacrifier l’humanité commune. Malgré les qualités qui leur permettent d’accéder au pouvoir et de le conserver, les hommes et les femmes politiques ne sont pas toujours épargnés par une forme ou l’autre de névrose ou même de maladie mentale. 

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Est-il possible d’émettre des doutes justifiés sur toute cette affaire, tout en déplorant les morts et les blessés, fauchés dans leur jeunesse de soldats et de civils engagés dans un conflit qu’ils n’ont pas tous voulu. Est-il possible de voir une différence entre des guerres que, sous une forme ou une autre, mènent toutes les grandes puissances, en fonction de leurs intérêts (ou plutôt de celles de leurs élites dirigeantes) et le refus jusqu’au-boutiste d’aboutir à des négociations, à des compromis pour parvenir à une paix honorable, au prix d’une catastrophe mondiale possible ? 

Sur à peu près tous les sujets importants (politique sanitaire, guerre en Ukraine, entre autres…), le débat est devenu impossible : stigmatisation, essentialisation, diabolisation. Il faut choisir son camp et risquer de perdre ses amis, ses relations personnelles et professionnelles, des membres de sa propre famille… Le doute doit être écarté, assimilé au complotisme ou remplacé par un autre complotisme. Non seulement la discussion civilisée est impossible mais l’agressivité normale dans un débat véritable est remplacée par la haine. On prône les différences, source de richesse et de valeurs ajoutées mais on interdit la différence des opinions. On réfute mais on ne discute pas. Comme si chacun était supposé posséder la vérité. Les faits eux-mêmes sont regardés avec les lunettes souvent troublées des idéologies en concurrence. Quand ils sont connus et ils ne le sont pas toujours, remplacés par des propagandes.

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Essayiste et fondateur d'une approche et d'une école de psychologie politique clinique, " la Thérapie sociale", exercée en France et dans de nombreux pays en prévention ou en réconciliation de violences individuelles et collectives.

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