Anar de droite hystérique et moustachu, accro à la potion magique, le superman français de la bande-dessinée, Astérix, est la vedette – ce mois-ci – d’une exposition à la Bibliothèque nationale de France. Plus fort que Superdupont, Jean Moulin et le Général de Gaulle réunis, Astérix s’impose au firmament des super héro français. L’occasion ou jamais de revenir sur ses exploits, de A à Z.

Ancêtres les gaulois (nos) – Astérix est-il né de la cuisse de Jupiter ? Non. Pas vraiment. Le petit guerrier armoricain est le fruit d’une élaboration minutieuse de ses papas n°1 et n°2, René Goscinny et Albert Uderzo.  Travaillant alors dans une mine de sel qui les paie très mal (une sorte d’agence proposant aux journaux des pages « jeunesse »), les deux compères ont l’idée – avec quelques camarades – de fonder leur propre publication. Ce sera Pilote. Goscinny sait bien que le moteur d’un magazine de ce type est un héros charismatique (Le journal de Tintin a son Tintin, Spirou a son Spirou…) Les deux compères se retrouvent sur le balcon de la HLM d’Uderzo à Bobigny et cherchent la période historique qui serait le théâtre idéal de leur nouveau personnage. Ils songent d’abord à une adaptation fantaisiste du Roman de Renart, mais le Moyen-Age est déjà très présent dans la bande-dessinée. Ils hésitent sur la préhistoire… (Pleurons un Astérix façon Famille Pierrafeu…) Et puis Goscinny, feuilletant un manuel d’histoire, tombe sur les Gaulois, nos ancêtres, Vercingétorix, et toute la série est conçue en moins d’une heure… Le petit village armoricain de résistants, son chef, son barde, son poissonnier (à la marchandise douteuse), son druide, la potion, et son ennemi juré, le romain… Tout y est. Lors de cette réunion au sommet, Goscinny exprime en ces termes le projet de la série : être fidèle au « folklore français ». Au dessin le fils d’immigrés italiens, et au texte un juif errant…

Cinéma – René Goscinny, quand il n’écrivait pas, ne partait pas en mer à bord de paquebots comme Le France  pour se délasser et rencontrer la femme de sa vie , Gilberte, rêvait de cinéma. Il fonda les studios Idefix, qui produisirent quelques longs-métrages adaptés de ses albums de bédé. On se souviendra de quelques dessins animés notables tirés d’Astérix… Astérix le Gaulois (1967), Astérix et Cléopâtre (1968), Les douze travaux d’Astérix (1976). Le filon aurifère étant de bonne qualité, les vautours habituels du cinéma vinrent s’inscrire dans le créneau et l’on vit Christian Clavier incarner le petit gaulois surexcité et Gérard Depardieu entrer dans la peau du tailleur de menhirs débile léger Obélix. Dans le sillage on verra aussi Edouard Baer et Clovis Cornillac arborer le casque à plumes. Un vaste champ de navets… Astérix inadaptable ?

Etrangers – Pierre Desproges l’avait bien résumé en son temps : les « étrangers sont nuls »…  Astérix, dans les diverses aventures dans lesquelles il a été amené batailler sort souvent de Gaule, et rencontre même autrui. On le voit se frotter aux Egyptiens, aux Espagnols, aux Allemands, aux Belges et même aux Corses et aux Auvergnats ! Sur les océans déchaînés Astérix rencontre périodiquement des pirates débonnaires, à qui il met une branlée systématique. Peut-être est-ce auprès d’eux qu’il prend l’envie de voyager ?

Falbala – Au-delà de ses épaules scandaleusement bronzées Falbala a une tête gracieuse, dont part une abondante chevelure blonde. Elle ressemble beaucoup à Brigitte Bardot. Nous sommes dans les années 60… Tout le monde est amoureux d’elle au village. Obélix, ce balourd, le premier. Les personnages féminins sont rares dans la bédé du siècle dernier. La censure a réglé jusqu’aux années 70 l’activité des journaux destinés à la jeunesse.  On comprend mieux pourquoi Tintin n’a pas de femme, mais un « ami » capitaine, et pourquoi il n’y a qu’une seule malheureuse Schtroumpfette pour des dizaines de Schtroumpfs… René Goscinny a donc l’idée d’introduire la sexy Falbala dans le village gaulois. Sexy et scandaleuse, la jeune-fille est l’épouse du vieux (et riche) Tragicomix. Pauvre Obélix…

Parc – Enfer sur terre, situé à quelques dizaines de kilomètres de Paris, le Parc Astérix a ouvert ses portes en 1989. Composé essentiellement de manèges effrayants et d’attractions distrayantes, il est le produit dérivé le plus monstrueux de la série dessinée par Uderzo. On peut croiser dans ses allées des lycéens innocents déguisés en gaulois ou en romains, quand la chance est au rendez-vous ; ou même des étudiants en socio payés au Smic pour endosser le costume du super-héros casqué. Et je ne parle même pas du prix de l’entrée et du jambon-beurre à la buvette….

Proverbes – Dans les pages d’Astérix (et des nombreuses séries auxquelles Goscinny a participé : Lucky Luke, Iznogoud, Le petit Nicolas, etc.) on croise de très nombreuses expressions qui sont entrées dans le langage courant… « Par Toutatis ! » – « Le ciel nous tombe sur la tête ! » – « Je suis pas gros, un peu fort peut-être… » – « Ils sont fous ces romains ! » – « Je suis tombé dedans quand j’étais petit ! » – « Je veux être calife à la place du calife » – « Tirer plus vite que son ombre » – René Goscinny a sa place tout à fait méritée dans le dictionnaire, dans les pages roses… celles réservées aux « locutions » (latines ou pas) et aux proverbes.

Sangliers – Le Gaulois moyen se nourrit de baies sauvages, de cervoise fraîche et de viande de sanglier. Le sanglier est un quadrupède amusant bien que rustique, dont la saveur de la chair incite Obélix à repartir toujours à l’assaut. Le sanglier peuple les forêts armoricaines au moins au tant que le romain, mais il est plus intéressant à traquer et sa viande a plus de caractère…

Tandem. Astérix et Obélix s’inscrivent dans la longue tradition du tandem rigolo, qui compte aussi Laurel et Hardy dans le genre du « gros » et du « petit ». Astérix rattrapant toujours les gaffes de son ami Obélix, Obélix – imprudent et ballot – se jetant dès qu’il le peut dans la gueule du loup. Ressort ? Truc ? Machinerie comique ? Qu’importe les ficelles quand elles nous font rire…

Zizanie (La) – Certainement le meilleur album de la série. 1970. César est au bout du rouleau. Il  sollicite un jeune conseiller, Tullius Détritus, qui a les traits de… Alain Juppé, en toge. Il propose d’anéantir le village de Gaulois irréductibles en les montant les uns contre les autres, et en jouant astucieusement sur le cours boursier du menhir… Dévaluation assassine, intrigues palatiales, gauloiseries, péril en la demeure… Ultime argument pour vous convaincre : l’un des centurions de cette aventure a les traits de Lino Ventura. Oui, Lino… Quoi ? Rome, c’est l’Italie…

Astérix à la BNF – du 16 octobre 2013 au 19 janvier 2014.

*Photo : GINIES/SIPA. 00516852_000016.

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François-Xavier Ajavon
est chroniqueur et professionnel de la presse.Il est également l’auteur de L’eugénisme de Platon (L’Harmattan, 2002) et a participé à l’écriture du "Dictionnaire Molière" (à paraître - collection Bouquin) ainsi qu’à un ouvrage collectif consacré à Philippe Muray  (à paraître -éditions du Cerf).