Sous la pression pro-palestinienne, le match Israël-Argentine a été annulé par la sélection albiceleste. L’attitude de cette dernière et le traitement médiatique réservé à cet épisode interrogent. 


Après le départ réussi du Tour d’Italie cycliste (le fameux Giro) en Israël début mai, un autre bel événement sportif devait avoir lieu dans ce pays : la réception de la prestigieuse sélection de football argentine, en vue de préparer cette dernière à la prochaine Coupe du Monde en Russie (14 juin-15 juillet).

Quelle superbe affiche que ce match de prestige pour Israël, de quoi, comme pour le Giro, donner une autre image du pays et montrer qu’en plus de leurs couleurs, ces deux pays partagent aussi l’amour du football.

Messi n’est pas prophète en ce pays

Hélas, la partie, initialement prévue à Haïfa, a été déplacée à Jérusalem. Ce qui ne peut apparaître que comme un détail va pourtant être le prétexte à un embrasement planétaire proportionnel à la notoriété mondiale du meilleur joueur argentin, Lionel Messi.

Quoi de plus normal que de voir la ville du Messie et de Marie accueillir Messi et Di Maria ? Le gotha des marqueurs de « goals » au pied du Golgotha : les catholiques si croyants que sont les Argentin devaient être impatients. Mais c’était sans compter sur les dirigeants de la fédération palestinienne de football, le BDS et internet.

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Le patron de la fédération palestinienne a, en effet, purement et simplement menacé publiquement l’Argentine et sa star Messi, en exhortant les palestiniens à brûler son maillot s’il posait le pied en Israël. Plus grave encore, des activistes s’en sont pris aux joueurs en préparation en Espagne, en leur brandissant des maillots argentins ensanglantés, et surtout en menaçant de mort les propres enfants de Lionel Messi.

L’Argentine, une histoire de boycotts

La sélection argentine a fini par annuler le match, pour le plus grand plaisir du BDS qui appelle au boycott de tout ce qui se réfère à Israël de près ou de loin. Une rencontre sportive officielle n’a pas pu avoir lieu entre deux nations parce que l’une des deux aura cédé au chantage et aux menaces d’une troisième…

Aux dernières nouvelles, la fédération israélienne a décidé de porter l’affaire devant la FIFA, ce qui, sans être grand clerc, ne débouchera hélas sur rien de mieux qu’un piteux communiqué de cette instance si peu démocratique.

En revanche, l’Argentine a la mémoire courte concernant les menaces de boycott. Il y a quarante ans, pour dénoncer le régime de Videla, un mouvement demandait à toutes  les sélections, dont la France, de boycotter le Mondial de football organisé en Argentine. Michel Hidalgo lui-même, alors sélectionneur des Bleus, fût victime d’une tentative de kidnapping pour que la France déclare forfait. C’était en 1978, l’année des trois Papes, huit ans avant la « main de Dieu » de Diego Maradona.

Gageons que l’Argentine, en cohérence, déclarera forfait pour le Mondial, prise de remords à l’idée de cautionner le régime de Moscou qui occupe illégalement la Crimée. Peut-être même, qui sait, qu’elle refusera également de participer ensuite au prochain Mondial au Qatar, pour, là aussi, démontrer avec zèle son attachement à la défense des droits de l’Homme. Que valent quelques matches devant les grands enjeux et les principes moraux des athlètes, fussent-elles des stars multimillionnaires ?

L’Equipe de bras cassés

Comment nos médias ont-ils rendu compte, une fois de plus, de cette actualité moyen-orientale ? Arrêtons-nous un instant sur l’émission sportive quotidienne la plus vue de France, « L’Equipe du soir » sur la chaîne L’Equipe. Le mercredi 6 Juin, en première partie, l’un des sujets débattus, par l’animateur et ses chroniqueurs sportifs, concernait cette affaire. Le choix éditorial retenu fût de prendre cette affaire sous l’angle des menaces reçues par Lionel Messi. Certes, la menace à ce niveau est rare et mérite de s’y arrêter. Ce n’est toutefois pas la première fois que l’on s’en prend à des joueurs, pas plus en France qu’ailleurs.

D’autres angles, en revanche, auraient pu être abordés, comme celui du forfait volontaire d’une sélection de foot engagée à jouer un match, ce qui est rarissime. Cela rappelle plutôt des cas de forfaits de lutteurs, judokas ou autres refusant de combattre un athlète israélien. Le seul cas récent s’approchant de près ou de loin à ce forfait dans le monde du foot remonte à… Knysna, lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud, quand les joueurs français avaient boycotté un entraînement, et non un match officiel. Autre angle éditorial non retenu, celui d’une fédération nationale, palestinienne en l’occurrence (la FIFA compte en effet plus de membres que l’ONU elle-même) menaçant de représailles deux autres fédérations de football, et obtenant gain de cause. Enfin, s’il est médiatiquement logique d’incarner le débat autour de Messi, ce sont bien les 23 joueurs, sans compter l’encadrement, qui étaient menacés. Là aussi, menacer physiquement des joueurs sur leur camp de base, à l’étranger qui plus est, semble être une première.

Le débat sur la chaîne L’Equipe fût globalement de qualité, malgré une prudence de sioux sur le fond du problème. L’un des débatteurs se demandait ainsi s’il était préférable de boycotter une nation, ou au contraire, à l’instar du XV de France jouant en Afrique du Sud du temps de l’apartheid, d’y aller quand-même pour montrer que le sport est au-dessus de tout. Insidieusement, le parallèle Israël/Afrique du Sud, comme tout droit sorti d’un tract du BDS, était fait, sans que personne ne s’en offusque.

Un autre encore expliquait, avec aplomb, que le fond du problème était de jouer en Israël, et que si le match avait été programmé à Barcelone, il n’y aurait eu absolument aucun incident. Personne, là non plus, ne rebondissait devant tant de naïveté. C’est pourtant bien à Barcelone que des militants anti-israéliens s’en sont pris aux joueurs argentins…

Mais le pire se trouve, là encore, sur les fameux « rezosocios ». La page Facebook de « L’Equipe du soir », visiblement sans aucun modérateur, était un véritable déversoir de haine. Petit florilège des commentaires laissés sous le sujet « Israël – Argentine annulé : la politique qui s’invite dans le football cela vous met-il mal à l’aise ? » : « Israël état terroriste », « Etat assassins » « les nazis d’aujourd’hui, c’est Israël », ad nauseum, j’en passe et des meilleures, comme disait feu Thierry Roland.

Le commentaire le plus pertinent était bien celui d’un internaute qui s’étonnait devant tant de haine décomplexée : « Petit mot au mec de « L’équipe du soir » qui a posté ça: tu t’attendais à quoi en postant ça sérieux ??? Tu crois qu’ils vont te répondre ‘ah bah oui on est mal à l’aise, ça nous fait tout drôle’ ??? Non: mets le mot Israël dans n’importe quel post de n’importe quel sujet sur FB, et tu ne prendras que des réponses haineuses. Vous voulez parler de sport ? Parlez d’autre chose ».

Curieux qu’un tel média, le journal L’Equipe, fleuron de la presse sportive dans le monde, se laisse aller à tant de légèreté…

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