Bourreau n’est pas un métier facile. Un certain prestige reste encore attaché à ce noble travail manuel remontant à la nuit des temps, mais c’est salissant, et il faut aimer tuer son prochain. Le quotidien d’un bourreau l’expose souvent à des maladies professionnelles (dont des troubles musculosquelettiques que l’on a peine à imaginer), et à chaque exécution la dépression le guette (ainsi a t-on pu voir des bourreaux se suicider au travail…). Quant à l’argument voulant que les progrès de la technologie aient facilité le travail de ces infortunés salariés, il ne tient pas. La machine du Dr. Joseph-Ignace Guillotin a surtout eu pour conséquence une taylorisation du travail, et n’a fait qu’accentuer la spirale mortifère des cadences infernales. Dans l’hexagone, depuis l’abolition de la peine de mort, c’est un métier en voie d’extinction. Vous avez peu de chance de rencontrer un enfant qui rêve de devenir exécuteur des basses œuvres ; à l’échelle de notre pays ce n’est plus un emploi d’avenir. Les bourreaux se font rares. À présent, en France, les esprits les plus cruels en sont réduits à devenir dentistes ou banquiers.
En Arabie Saoudite – nous apprenait Le Parisien il y a quelques jours – la situation n’est pas plus brillante : le pays souffre d’une pénurie chronique de bourreaux. « Les coupeurs de têtes, les experts du maniement du sabre, se font de plus en plus rares. Serait-ce la fin d’une vocation ? D’une époque ? Une seule chose est sûre, il est aujourd’hui très difficile de trouver des fonctionnaires du sabre disponibles partout et rapidement dans le royaume. Certaines exécutions ont dû être retardées et d’autres se sont faites dans la confusion parce que l’exécutant était en retard», rapporte un journal local. La situation est inextricable : les autorités saoudiennes n’arrivent plus à recruter suffisamment de bourreaux pour exécuter les condamnés à mort. Le royaume est au bord de l’asphyxie. Cette crise a conduit plusieurs ministres saoudiens (dont celui de la Santé…) à examiner le problème, et à proposer d’abandonner l’exécution par décapitation au sabre – nécessitant une main d’œuvre experte trop difficile à mobiliser – pour la simple et un peu vulgaire fusillade en place publique. Spectacle qui présentera certainement un attrait moins grand aux yeux d’une population toujours avide de petits plaisirs collectifs…
C’est la crise.

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