Il n’aime pas la viande. Question de sensiblerie ? Même pas. Pour Franz-Olivier Giesbert, c’est une question quasi métaphysique, témoignant d’un rapport au monde où l’homme n’est, selon la formule de Pascal, qu’ « un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant ». Dans son dernier livre, très personnel, Dieu, ma mère et moi, le patron du Point consacre quelques belles pages aux animaux et à la consommation de leur chair. Disciple scrupuleux d’Elisabeth de Fontenay et de saint François d’Assise réunis, il critique évidemment Descartes et la théorie des animaux-machines, selon laquelle les bêtes dépourvues de conscience et de pensée ne souffriraient pas – thèse balayée très tôt par Gassendi. Il cite Adorno qui écrit dans Minima Moralia : « L’obstination avec laquelle l’homme repousse ce regard – “ce n’est qu’un animal” – réapparaît irrésistiblement dans les cruautés commises sur les hommes dont les auteurs doivent constamment se confirmer que ce n’est qu’un animal », suivi d’un Isaac Bashevis Singer qui, dans Ennemies, met en scène un rescapé des camps qui professe que « ce que les nazis avaient fait aux Juifs, l’homme le faisait à l’animal ».
 

Franz-Olivier Giesbert, Dieu, ma mère et moi, Gallimard, 2012.