Assise sur son lit d’hôpital, Rahmana ne cesse de pleurer. Pendant qu’elle attend les premières contractions, ses seize autres enfants sont seuls à la maison. Il a fallu trois jours à Rahmana pour parcourir le chemin entre son village et l’hôpital, accompagnée de sa sœur et de son époux, d’abord à dos d’âne puis en taxi. Le retour prendra autant de temps et se déroulera de la même manière.

Rahmana est l’une des 1500 femmes admises chaque mois à la maternité de l’hôpital régional Mirwais à Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan. Il y a trois ans, on n’en comptait guère plus de 300 : le succès de l’établissement, soutenu depuis 1996 par la Croix-Rouge internationale (CICR), est un bon indicateur de l’insécurité dans la région. Les hôpitaux des provinces voisines sont fermés depuis longtemps, personne ne pouvant garantir leur bon fonctionnement dans le contexte d’incessants affrontements entre les soldats de l’OTAN, l’armée afghane et les rebelles talibans. Les cliniques privées, dont le corps médical est faiblement qualifié, sont de toute façon trop onéreuses pour la majorité de la population. C’est ainsi que les médecins, les infirmières et les sages-femmes du CICR, seule organisation humanitaire encore présente dans la dangereuse zone du sud de l’Afghanistan, sont les derniers à offrir des soins de qualité. Quand on sait qu’en Afghanistan, une femme meurt toutes les deux heures suite à des complications liées à la grossesse, on comprend à quel point leur présence est cruciale.

*Photo : isafmedia

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