Le « buonisme », comme le nomment les Italiens, est l’approche compassionnelle de tous les problèmes : le seul fait d’apparaître comme victime fait de vous un héros des temps modernes.

Les cyniques se sont régalés en lisant cette semaine dans Le Monde l’offensive buoniste d’Annie Ernaux contre Richard Millet. Les « buoniste  » étaient nombreux – de Tahar Ben Jelloun à Le Clézio – à soutenir cette écrivaine qui ne décolère pas après avoir lu l’Éloge littéraire d’Anders Breivik, texte répugnant à ses yeux et qui déshonore la littérature française. Un livre, faut-il le lui rappeler, se juge sur son style et non sur des valeurs morales : le sens du bien et du mal ne concerne pas la littérature et c’est ce qui fait son charme.

Les « buonistes » entendent se mettre au service de la cohésion sociale et ne pas attiser la haine à l’égard des déshérités, surtout musulmans, ayant choisi la France comme terre d’accueil. D’ailleurs, Annie Ernaux s’en porte garante : ils lui ont toujours témoigné le plus vif respect, ce dont nous ne doutons pas. Les valeurs morales et politiques qu’incarne Annie Ernaux ne peuvent que susciter l’admiration. La centaine d’écrivains qui partagent ses valeurs également.

Bref, cette offensive buoniste, savant mixage entre le ridicule de la bonne conscience et une hypocrisie savamment dosée, nous indique la voie à suivre : mettre un peu d’humanité dans ce monde de brutes et prendre exemple sur les travailleurs sociaux qui, eux, à l’inverse de certains écrivains, ne se comportent pas comme des voyous.

Bannissons la cruauté, le cynisme, la provocation….et même la lucidité de nos écrits. Ainsi, le « buonisme » aura enfin triomphé. Et commençons par couper les branches pourries de ce qu’on appelait, autrefois, la littérature.

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