On a beaucoup glosé sur l’attitude désastreuse de François Hollande pendant l’ubuesque affaire Leonarda du week-end passé. Caricatural dans l’ambiguïté et la pusillanimité, ces deux vertus cardinales du hollandisme, le Président de la République, devant des millions de spectateurs hallucinés, a réussi l’incroyable exploit de se mettre à dos à la fois la gauche morale et la droite décomplexée.

Le « fiasco », a titré Le Figaro, une « faillite politique » renchérissait l’éditorial sans pitié d’Alexis Brezet. C’est aussi une faillite médiatique.

En effet, à qui la faute ? Qui met en avant les épiphénomènes, qui tend le micro à des adolescents shootés à l’indignation hesselienne, qui se soumet implacablement à la dictature de l’émotion ? Qui demande son avis à Valérie Trierweiler ? Qui organise de manière délibérée la confrontation du dirigeant de la cinquième puissance mondiale avec une gamine de 15 ans?

Les médias, et en particulier les chaines d’info continue, ont une responsabilité terrible dans cette affaire. En mettant en place une véritable téléréalité politique qui met au même niveau l’allocution du Président et les éructations d’un voyou kosovar[1. Je pèse mes mots : menteur, voleur, fraudeur et violent le père de Leonarda n’a rien du portrait martyrologique du sans-papier idéalisé par les sans-frontiéristes], BFM-TV et I-Télé se sont rendues complices d’un crime contre l’autorité.

Ces chaines d’« actualité en temps réel » nous ont fait subir en boucle l’interview pathétique et interminable de la famille Dibrani, entre gémissements d’enfants et élucubrations incompréhensibles de parents parlant à peine le français. Pire, elles ont volontairement mis sur le même plan la déclaration officielle de la plus haute instance de la République avec les provocations insensées de Leonarda qui répond en direct au président : « je reviendrai et c’est moi qui va faire la loi ».

L’affaire Leonarda est l’emballement médiatique de trop. Plus qu’une dérive de la fonction présidentielle, elle illustre les dévoiements d’un journalisme sensationnaliste, esclave du présentisme spectaculaire et de la culture compassionnelle.

Ce journalisme qui érige les taupinières anecdotiques  en montagnes polémiques, participe volontairement à ce que Castoriadis appelait « la montée de l’insignifiance ».  Les politiques, acteurs désormais secondaires, sont obligés (surtout quand ils sont faibles) de céder au rythme effréné du show médiatique.

« L’événement sera notre maitre intérieur » écrivait Emmanuel Mounier : le rôle du journaliste n’est pas de se prostituer à n’importe quel événement, mais d’accompagner en spectateur engagé ce qui mérite notre attention. Cette affaire-là ne la méritait pas.

*Photo : PLAVEVSKI ALEKSANDAR/SIPA. 00667685_000006.

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