L’éducation nationale demeure un mammouth prisonnier de l’âge de glace, incapable de s’adapter à la révolution numérique qui refaçonne le monde à une vitesse exponentielle. Quand il tente de le faire, c’est une catastrophe. Certes, des « tableaux numériques » sont installés dans les classes pour faire moderne, mais nos bambins continuent à se coltiner dix kilos de livres sur le dos quand tout cela pourrait tenir dans un tablette ou une clé USB. Paradoxalement, on impose à nos enfants des centaines d’heures de cours sur le « développement durable » (aux dépens de l’histoire-géo, notamment), mais on se fiche de sacrifier à chaque rentrée des millions d’arbres pour imprimer des livres, par ailleurs rarement utilisés. Le lobby des éditeurs, des imprimeurs et des libraires est apparemment plus puissant que la ferveur écolo de nos ministres de l’éducation successifs. Mais passons sur l’épidémie de scolioses que provoque ce système archaïque : la majorité de nos petits s’en remettront.

Ils se remettront difficilement, en revanche, de la risible nullité des « cours d’informatique » distillé dans nos écoles. La scène, baroque, se reproduit chaque jour dans nos collèges : un prof de techno explique à des jeunes « digital natives » ce qu’est une « souris » d’ordinateur ou le « réseau internet », comme s’il s’adressait a des Hibernatus fraichement décongelés. Pourquoi leur apprendre les bases du codage, à faire une présentation Powerpoint ou le b.a.-ba du montage virtuel quand on peut les faire ricaner et mourir d’ennui ? En matière de perte de temps, d’argent, et de décalage avec la réalité, notre système éducatif n’a de leçon d’archaïsme à recevoir de personne.

Rêvons un peu (beaucoup) et imaginons une authentique refonte de notre système scolaire qui serait une véritable révolution : une école recentrée sur ce qu’elle sait faire de mieux, à savoir enseigner les humanités et les sciences traditionnelles. Et des fins de journée consacrées à l’apprentissage, en vrac, du code informatique, des arts numériques, et de tout ce qui peut aider à s’épanouir dans notre monde ultra-connecté qui change de paradigme tous les quinze jours.  À la vitesse où évoluent les choses, les sciences vont plus progresser dans les vingt ans qui viennent qu’au cours du siècle précédent. Même l’homme est numérisé (le séquençage ADN intégral), et notre espérance de vie est désormais quasi-indexée sur la loi de Moore. Le siècle qui s’ouvre sera celui des NBIC (nanotechs, biotechs, informatique, et sciences cognitives). Un monde en perpétuel bouleversement, boosté par la puissance informatique, dans lequel il sera crucial de savoir maitriser tous les outils numériques. Demain matin, ne pas savoir coder ou retoucher une image sera aussi limitant que d’ignorer l’anglais aujourd’hui. Il est urgent d’armer nos enfants pour évoluer dans le monde de demain. Nos énarques, souvent technophobes, ne semblent pas s’en soucier.

Préparer l’avenir économique de la France, ce n’est pas former des millions de bacheliers sur le même moule. L’avenir est à « l’économie de la longue traîne » (long tail), des micro-entreprises d’une seule personne qui devront faire preuve de créativité, et se remettre en question en permanence pour suivre le flux des innovations. On changera de carrière plusieurs fois dans une vie, au gré des besoins de la société. L’école d’aujourd’hui ne prépare pas au « multitasking » qui sera la norme de demain. Xavier Niel, avec sa visionnaire « École 42 », l’a bien compris : « Si la France, 5ème puissance mondiale, tenait sa place dans le numérique au lieu d’être 20ème, elle aurait réglé le problème de l’emploi », regrette-t-il.

Pas besoin de boule de cristal pour imaginer le futur de  la France si nous ne montons pas dans le train du numérique. La « réforme » Peillon, qui propose des ateliers « collier de nouilles » à nos petits, se résume à rester planté sur le quai en regardant s’éloigner la croissance de demain.

 

*Photo : BAZIZ CHIBANE/SIPA. 00664178_000015.

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