Aujourd’hui, les socialistes s’indignent (et peut-être à juste titre) des « révélations » de Médiapart sur le supposé compte suisse de Jérôme Cahuzac. « Propos diffamatoires », « affirmations délirantes », «  faux grossiers » dit le ministre, qui a immédiatement annoncé son intention de porter plainte.

Pourtant, il fut un temps où l’on n’était pas si regardant sur les allégations, forcément véridiques, du site d’Edwy Plenel. Souvenons-nous de l’affaire Woerth-Bettencourt où le site accusait (et peut-être à juste titre) le ci-devant ministre du budget (décidément, c’est un poste à hauts risques) des pires turpitudes. À l’époque, le PS avait avalisé en bloc toutes les accusations du site, allant jusqu’à demander, sur cette base, la démission de Woerth, voire celle de Sarkozy.

Cette propension à considérer que tout ce qui s’écrit sur Médiapart vaut d’être gravé dans le marbre est valable quel que soit le sujet, pour peu que le méchant soit de droite, et ça tombe bien, en général, c’est le cas.
Voilà ce qu’on pouvait lire par exemple il y a peine plus d’un un an sur le site national du PS : « Dans un article publié ce jour, le site d’information en ligne  Mediapart dévoile un document évoquant à nouveau la possibilité du financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, par l’abject régime de Kadhafi. Face à des éléments aussi graves, étayés par des documents nouveaux émanant de l’entourage du dictateur libyen lui même, Nicolas Sarkozy doit s’expliquer devant les Français. Si les faits révélés par Mediapart étaient définitivement confirmés  par d’autres documents ou les instructions judiciaires en cours, il serait alors établi que le président sortant a menti aux Français, pour dissimuler la réalité d’une très grave affaire d’Etat »

Parfois, cette admiration généralisée des militants socialistes pour Edwy, sa vie, son œuvre tourne carrément au panégyrique, un domaine où excelle l’inimitable Christophe Girard, maire adjoint de Paris en charge de la culture. Voilà ce qu’on pouvait lire sur son blog : « En quelques mois Médiapart est devenu un des nouveaux médias incontournables car courageux et professionnel, dans le droit fil d’une certaine presse américaine et je pense là en particulier au Washington Post et au New York Times avec un zeste de New Yorker. Pour que la démocratie fonctionne, la diversité des opinions est essentielle et elle ne peut vivre sans une large panoplie d’investigations et d’enquêtes. La France a tendance à se rétrécir et fonctionner de plus en plus en réseaux, clubs et lobbies et pratiquer l’endogamie et le népotisme. C’est inquiétant car la France avait pour habitude d’être un exemple de démocratie et de donner des leçons au monde entier. Merci Médiapart d’être si adulte et sérieux en étant si jeune et pourtant si fragile… »

Alors, on pourra s’interroger : comment se fait-il que Médiapart soit si ingrat envers ses amis socialistes -et ce d’autant plus que maintes collectivités locales PS contribuent au financement du site en souscrivant chaque année un ou plusieurs abonnements ?

Si ça se trouve, c’est parce que le PS est une grande maison. Et si ça se trouve, la réconciliation entre Aubry et Hollande (dont Cahuzac est très proche), c’était du pipi de chat. Et si ça se trouve Médiapart penche plutôt pour Martine que pour François. Si ça se trouve, j’ai même en ma possession des enregistrements qui le prouvent. Ou pas…

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Marc Cohen
est rédacteur en chef de Causeur.est rédacteur en chef de Causeur. Pilier du Groupe d’Intervention Culturelle Jalons, il a notamment été rédacteur en chef de "L’Idiot International ".