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Absurdie, terre de contrastes

Le Moi de Basile

Absurdie, terre de contrastes
Pierre de Villiers et Emmanuel Macron lors du défilé militaire du 14 juillet 2017 sur les Champs-Elysées à Paris. SIPA. 00815060_000013

T’inquiète ! Ce titre n’annonce pas une énième chronique sur mon appétence pour le nonsense ou mon goût du paradoxe… Non, ces temps-ci, c’est le réel qui n’est plus rationnel. DTC, Hegel !


 

Le Brésil vote contre le droit de vote

Dimanche 28 octobre

France Info, 7 h 30 : « Aujourd’hui, le Brésil choisit entre la démocratie et la dictature. »

Ibid., 23 h : « Le candidat d’extrême droite l’emporte avec 55 % des voix. »

C’est quoi, cette rupture de ton ? Pourquoi ils ne disent pas tout simplement : « 55 % des Brésiliens ont plébiscité la dictature » ?

 

Le barbier de Bruxelles

Vendredi 2 novembre

Succès mérité pour le clip de propagande du gouvernement sur les européennes ! Une sorte de QCM apparemment conçu pour (et par) des crétins des Alpes, genre « Europe : paix ou guerre ? », « Chômage : pour ou contre ? », etc.

Pour justifier cette pignolade, une voix autorisée s’élève aujourd’hui (en boucle) sur BFM TV : celle de Christophe Barbier, infatigable barde de la Macronie. « Il est temps aujourd’hui de faire de la propagande électorale ! s’énerve-t-il. On ne peut plus dire : “Votez pour qui vous voulez”. Ça ne peut pas être un clip neutre, parce qu’il n’y a plus rien de neutre dans l’Europe politique ! » Sans blague ? Et tu dates ça de quand, Christophe ?

 

Soirée pourrie au flore

Jeudi 8 novembre

Non seulement je n’ai pas eu le Prix, mais en sortant j’ai cru qu’on m’avait volé mon vélo. En fait, il avait juste changé de poteau.

 

Brague à part

Mardi 13 novembre

Vu sur KTO, dans « La foi prise au mot », une passionnante interview du philosophe Rémi Brague. Je vous recommande notamment son Règne de l’homme (2015) – dont le sous-titre, « Genèse et échec du projet moderne », annule d’emblée le titre.

Ce projet, nous dit-il, c’est celui de l’humanisme au sens qu’on donne à ce mot depuis le mitan du xixe siècle : l’idéal d’une humanité qui ne devrait rendre de comptes qu’à elle-même. Or, explique Brague à son intervieweur, visiblement attaché au concept, « cet humanisme exclusif se détruit lui-même. S’il n’existe aucune instance supérieure à l’homme, comment celui-ci, privé de toute référence, pourrait-il se justifier lui-même ? Qu’est-ce qui me permet de dire que ce “bipède sans plumes”, selon le mot de Platon, mérite d’exister ? »

L’homme moderne marche dans le vide, et ça ne dure jamais bien longtemps, nous prévient aimablement Rémi.

 

Les Jalons en gilets

Samedi 17 novembre

Cet après-midi, une délégation du groupe Jalons, à la pointe de toutes les modes, a participé au « Fashion Weekend » organisé sur les Champs-Élysées par « Gilets jaunes », la nouvelle marque dont tout le monde parle.

Trêve de métaphores ! Une fois de plus, comme dans tous les grands moments de la vie culturelle et politique de ce pays depuis trente-six ans, du Froid assassin au Grand Réchauffement, Jalons pourra dire : « J’y étais. »

Sur les pancartes brandies par nos militants, on pouvait notamment lire : « L’existence précède l’essence » et « Lagerfeld avec nous ! » Interviews à la presse audiovisuelle, fraternisation avec les militants du cortège concurrent, ralliement de sympathisants désœuvrés : le bilan de cette opération est globalement triomphal, surtout pour un budget de 182 euros TTC (hors boissons).

À la fin du cortège, en signe de solidarité avec nos camarades à quatre roues, les pistards du Groupe d’intervention culturelle ont bloqué la piste cyclable de l’avenue des Champs-Élysées pour protester contre la hausse du prix des pompes à vélo.

Au vu du succès, et face aux enjeux, le BuroPoli de Jalons a décidé en fin de nuit de voter à main levée et à l’unanimité la motion suivante, pour valoir ce que deux doigts :

« Camarades et amis,

Après cette victoire, en avant vers d’autres cimes, à toute vapeur, dans la boue ! »

 

Chapeau bas devant la casquette !

Dimanche 18 novembre

Ce soir, exceptionnellement, j’ai décidé de jeter un œil à « On n’est pas couché ». Pas tellement pour Zaz, mais pour le général de Villiers, censé dévoiler en exclusivité les grandes lignes de son programme pour 2022 : Qu’est-ce qu’un chef ? (Fayard)

Eh bien, je ne regrette pas mes 55 minutes ! La simplicité et la hauteur de vues du bonhomme ont fait taire toutes les critiques, pourtant prévisibles, à l’égard de cette culotte de peau au nom chelou.

Courtois mais ferme, le général a désarmé en quelques phrases tous ses adversaires présomptifs, des deux côtés de l’écran. Les antimilitaristes à la Ruquier : « Je suis un homme de paix, parce que la guerre, je l’ai faite ! » Les fossoyeurs de la France : « La France n’est pas un pays comme les autres, réductible à son PIB. Elle a un destin singulier. Le génie français, moi j’y crois ! » Les éternels cabris européistes : « Il faut construire la défense de l’Europe, pas la “défense européenne”. On ne peut pas mourir pour l’Union européenne »… Et même l’Élysée en personne : « Quand la confiance est trompée, l’autorité s’effondre. »

À la fin de l’entretien, on ne voyait plus qu’une seule tête !

 

Tombeau pour souris

Lundi 26 novembre

Amis parisiens, jusqu’au 22 décembre, courez découvrir à la galerie Perrotin la double exposition de Sophie Calle – ou au moins sa partie intitulée « Souris Calle » et consacrée à son chat.

Car le petit chat de Sophie Calle est mort, et il s’appelait Souris. En fait, c’était il y a quatre ans et demi, mais il fallait à l’artiste le temps d’achever son travail de deuil.

C’est que Souris n’était pas, aux yeux de Sophie, un greffier ordinaire. Dix-sept ans durant, il fut son compagnon de tous les instants. Même que la nuit, raconte-t-elle, il la rejoignait volontiers, « de sa démarche à la John Wayne » (sic), pour se masturber sur elle.

Avant de tourner la page, voire de se mettre avec un autre chat, on comprendra que Sophie ait voulu lui rendre un ultime hommage. Présenté en exclusivité à l’occasion de l’expo, il s’agit d’un somptueux triple album vinyle, feat. Une quarantaine d’amis-artistes-de-premier-plan, dont Pharrell Williams, Bono, Biolay, Miossec, etc.

L’objet, déjà collector, n’a été pressé qu’à 1 000 exemplaires – dont 100 tirages collector dédicacés par l’artiste au prix défiant toute concurrence de 1 500 €.

Mais la vraie richesse est celle du cœur, et Sophie a tenu à le faire savoir d’emblée : pour les nostalgiques de Souris pauvres et moyens-pauvres, l’œuvre est disponible en streaming.

 

« Les idées des autres »

Hommages idiosyncratiques à Simon Leys

« L’Univers est désormais sans mystère. » (Marcellin Berthelot, 1887)

« À 690 ans, Mathusalem était si bien conservé qu’il en paraissait 376 » (Tristan Bernard)

« L’homme est un animal capable de promesses » (Nietzsche)

« Grâce à Capillox, mes cheveux tombent sans se casser » (Jacques Audiberti)

« Je ne vois pas pourquoi j’écrirais des mémoires. Je n’ai rien à me reprocher. » (Général de Castelnau)

« La vie est trop courte, et Proust est trop long. » (Anatole France)

« Lire de la poésie en traduction, c’est comme prendre une douche en imperméable. » (Paterson, de Jim Jarmusch)

Décembre 2018 - Causeur #63

Article extrait du Magazine Causeur


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